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Lettre de province

Il est minuit, Monsieur le Président

Publié par Boubakeur Hamidechi
le 16.03.2019 , 11h00
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C’est presque par compassion pour ce Président en plein naufrage et portant tellement mal les 82 hivers de son existence que l’on se doit d’observer une certaine réserve à son égard afin de ne pas aggraver son cas. Encore que, dans son autisme, il peine toujours à admettre que le peuple est encore dans la rue et qu’il ne décolère pas à son encontre. Par la faute même d’un entourage manipulateur il est justement inimaginable qu’il n’a, à ce jour, pas pris la mesure de l’insurrection lui intimant l’ordre de respecter l’éthique républicaine en prenant sa retraite. Ignorant le vent du boulet populaire qui siffle un peu partout dans les niches où se réfugie la nomenklatura, il persiste encore à solliciter une dérisoire médiation susceptible de le faire bénéficier d’une rallonge à l’ultime mandat afin de n’avoir pas l’air d’être chassé du pouvoir dès le prochain avril. 
Pitoyable et indécente, la quête est déjà explicitée par les rares courtisans qui lui demeurent fidèles comme le sacrifice d’un grand homme tout à fait disposé à refonder la République avant de tirer sa révérence. Cette grossière affabulation n’a pas seulement remis de l’huile sur le feu de la contestation, elle fut aussi révélatrice de ce qu’a toujours été le personnage « himself ». Présomptueux comme le sont tous les mégalomanes, il demeure obsédé par la longévité de son pouvoir tout autant que par les jugements que pourraient lui réserver les manuels d’histoire. Et comme au cœur du désordre national dont sa gouvernance est à l’origine, il lui est naturellement impossible de se prévaloir de toutes ces qualités sauf à recourir une fois de plus – celle de trop peut-être – aux fourberies des  communicants recrutés parmi les diplomates. 
Sur la brèche, dès leur désignation, les Lakhdar Brahimi et Ramtane Lamamra mirent aussitôt leurs subtilités sémantiques au service de leurs plaidoiries afin de rassurer l’opinion quant à la sincérité de la proposition faite par le Président de ne conserver la main sur la direction du pays que durant une poignée de mois ! Arithmétiquement, ce bail nous emmènera jusqu’à 2020.
Implicitement posé comme un deal honorable aussi bien pour le mouvement du 22 février que pour Bouteflika, le duo chargé des bons offices choqua les attentes de la rue et révéla, par ailleurs, sa notoire complicité avec le palais que le cas de Lamamra illustre parfaitement. D’ailleurs, celui-ci n’était-il pas allé trop loin lorsqu’il réfuta l’argument de l’inconstitutionnalité de la possibilité à maintenir de facto le pouvoir en place au-delà de la date-butoir. Invoquant fallacieusement un précédent susceptible de faire jurisprudence, il citera la démission avant terme de Zeroual. In extenso, il déclarait mercredi sur les ondes de la Chaîne 3 que « (…) lorsque Zeroual avait décidé de raccourcir son mandat beaucoup de juristes avaient dit que ce n’était pas prévu par la Constitution… mais c’était par contre dans l’intérêt de la Nation qu’il se retira ». Voici donc une pirouette de débatteur qui vaut son pesant de contrevérités et surtout de mauvaise foi de la part de son auteur. Alors qu’il n’y avait pas lieu de faire un parallèle entre une légitimité constitutionnelle bientôt forclose et une autre possédant encore de la marge quand de surcroît la démission du 11 septembre 1998 est d’un tout autre ordre, quel rapport peut-il y avoir avec le cas présent ? Comme quoi, ce diplomate, à la notoriété naguère respectable, s’est révélé maladroit en surfant sur les faits et leurs causes tout en fabulant sur le récit du départ « forcé » de Zeroual qu’il qualifia de « précoce » pour les besoins de sa fausse démonstration. Or, pour peu que l’on soit vigilant et scrupuleux lorsqu’il s’agit de surmonter une crise nationale où se joue le destin du pays, il est tout de même condamnable de ratiociner faussement et de mégoter mensongèrement afin de satisfaire les arrière-pensées de certains clans. 
Au moment où le bon sens conseille d’appliquer à la lettre les attendus de la Constitution, pourquoi donc cache-t-on celle-ci sous le tapis ? A moins de vouloir s’inspirer du scénario congolais et d’en faire un remake algérien, lequel finira par faire élire un homme lige que le Président actuel aura choisi. Autrement dit, il est moralement insupportable de continuer à mépriser une opinion nationale, déjà à cran, et de l’obliger à conjecturer plus qu’il n’en faut sur les malsaines martingales d’un régime qui prétend être en mesure d’accoucher d’une deuxième République au bout de neuf mois ! Alors qu’au fil des jours, les décrets de la rue retoquent les unes après les autres ces promesses venant d’en haut, pourquoi s’entête-t-on à disserter sur la question de son « départ » alors que la résistance est à sa quatrième semaine ? Sans prise sur les évènements, le palais n’a-t-il pas montré les limites de sa réactivité se contentant de louvoyer en balançant des fake news afin de cacher la peur panique qui le tétanise toutes les fois où la foule devient massive les vendredis saints. 
Au point donc où en est cette présidence fantôme, que reste-t-il d’elle comme souvenirs sinon quelques surréalistes forfanteries à l’origine de toutes les mystifications ayant ponctué quatre mandats. Mais alors quid notamment de son homme providentiel qui se fit élire avec pas moins de 73, 79% de voix en 1999 ; lequel allait devenir le « génie de la paix » auquel la généreuse administration octroya un pactole de 83,49% d’approbations en 2004 avant de connaître le délirant plébiscite du 9 avril 2009 destiné à justifier le viol de la Constitution ? De démesures électorales au mépris affiché pour les urnes, l’on installa son pouvoir dans une quasi-allégeance monarchique en 2014. Ce fut donc cette inimaginable trajectoire qui a transformé un Président par défaut, que les militaires appelèrent à leur secours en 1998 et l’adoubèrent en avril 2009, en un chef d’Etat excessivement orgueilleux et dont l’ambition était inaltérable même lorsque le naufrage de la vieillesse avait commencé à l’atteindre. Et c’est au cours de son interminable magistère que les Algériens vérifièrent à leurs dépens le décalage qui existait entre leurs aspirations et la praxis de ce maître de l’esbroufe. D’ailleurs, le grand bond en avant qu’il s’était promis d’insuffler au pays à son arrivée aux affaires n’était que facéties destinées à la galerie du petit peuple afin de le convaincre de sa stature d’homme providentiel. 
Vingt années plus tard, le souffreteux Président n’incarne plus que l’Algérie du désastre au chevet de laquelle il souhaiterait quand même passer encore quelques saisons ! Un vœu impossible à satisfaire   au moment où le peuple ne parle que de malheur. 
Sans doute que le prince a oublié qu’il existe un temps pour tout, même pour les adieux.
B. H.

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