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Lettre de province

Les constantes du MDS et l’illusoire démocratie

Publié par Boubakeur Hamidechi
le 06.02.2021 , 11h00
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Et si la version de l’histoire concernant l’ouverture démocratique en février 1989 était tronquée ? Non seulement elle n’avait pas été la conséquence de la révolte d’Octobre 1988 mais, de plus, elle fut le fruit d’une stratégie concertée entre le palais et la caserne afin d’amortir les risques à venir sachant que l’imminence d’une crise financière contribuera à aggraver les mécontentements populaires. À l’origine, donc, il ne s’était agi que d’un miroir aux alouettes que le régime agitera afin de conforter l’idée qu’il renoncerait progressivement à sa propre suprématie en s’accommodant d’une nouvelle légitimité structurée autour d’un réseau « d’associations à caractère politique » (sic) vers lesquelles seront affectées certaines compétences constitutionnelles. 
Même si, a posteriori, cette hypothèse minimise sciemment les pressions induites par le cycle des manifestations (Constantine 1986, Sétif 1987 et Alger 1988), c’est à cause de ces chouanneries qui, pour la plupart, ont été interprétées comme des « humeurs sociales » similaires aux mécontentements de la paysannerie lorsqu’elle craint la disette. Il en fut justement de même du projet de ce multipartisme qui n’avait pas abouti à la décantation escomptée. À ce propos, il est peut-être utile de rappeler que ce laxisme était le fait du régime qui laissa croître le désordre en réfutant notamment l’idée d’une « charte des libertés » que préconisèrent les courants politiques des anciennes obédiences afin d’encadrer plus sérieusement le fonctionnement de la « scène ». Faute donc de garde-fou organique, les années 89-90 connurent un véritable raz-de-marée de sigles folkloriques destinés à la validation d’une multitude de tribunes. C’était l’ère des « Ahzab», ces versets politiques qui installèrent la confusion totale dans le fonctionnement de cette classe politique. Ainsi allaient naître, quelques années plus tard, des Parlements croupions dont les prérogatives se limitèrent aux approbations n’exigeant que la gymnastique des mains levées. À quelques exceptions près, l’on fera en sorte qu’en cinq législatures (1997, 2002, 2007, 2012, 2017), de bizarres partis connurent une notoriété usurpée. Celle qui leur avait permis de cohabiter aux côtés des chapelles du pouvoir, dont celle du FLN.
Un quart de siècle plus tard, que faut-il retenir de cette longue marche politique, sinon cette factice démocratie ? Autrement dit, rien d’autre que la mise en place des 2 chambres de la désolation et plusieurs dizaines de maires à la tête des cités et dont l’éthique se résume à de l’esbroufe. Quant aux partis, ayant hébergé des candidats de toutes les espèces, il ne leur reste à présent qu’un pitoyable magma de discours confus alors que le traditionnel feu sacré du militantisme en est réduit à du bois mort qui ne se rallume qu’à l’évocation de ce qui persiste de l’utopique croyance dans les libertés. En tout et pour tout, ils ne survivent à présent qu’avec le peu de mémoire des résidus de vieux slogans, eux-mêmes décalés à la suite de toutes les remises en question ordonnées par le Hirak. Or, le terrible déclassement qui fut le leur après le passage de ce mouvement social ne laissa des ruines qu’auprès des officines compromises.
En effet, la bérézina populaire n’a pas emporté le versant de l’opposition. Seulement, les partis qui composent celle-ci ne déclinent pas le devenir de la même façon. C’est pour cette raison que cette solide classe politique est, à son tour, moins sûre que les lendemains enchanteurs seraient enfin dédiés à la démocratie. Celle qui s’épelle avec gravité, lettre après lettre, afin de vérifier si son orthographe est bien précise. Hélas, la crainte du retour aux falsifications ne semble ni intéresser ni mobiliser toute la scène politique, aujourd’hui préoccupée exclusivement par les tâtonnements sévissant en haut lieu.
Étonnamment, une seule officine s’est emparée de la question concernant les préalables qu’exigent les procédures visant la transparence. Il s’agit justement du MDS (Mouvement démocratique et social) dont le rigorisme doctrinal a toujours irrigué ses constances. Celles de la défense du fameux « idéal démocratique ». Pour ce faire, ne suffit-il pas de revisiter une récente interview qui aborde sous cet aspect-là le sujet. En effet, aux côtés d’autres questions posées au coordinateur national du MDS par le journaliste d’El Watan, celui-ci devait également clarifier sa position par rapport aux échéances électorales. « … Chercher, dit-il, un compromis dans un moment de rupture, et nous sommes dans un moment de rupture depuis février 2019, ne fera que reproduire un rapport de force en faveur du système, mais dans un contexte dégradé ». Il ajoutera ensuite ceci : « … Participer à ces élections dans ce contexte, c’est contribuer à enterrer la révolution en marche pour une Algérie libre et démocratique. » (1)
Comme on le constate, c’est sans hésitation aucune que ce parti reconduit la thèse de la compromission par l’électoralisme initié par le système, alors que le recours aux urnes est sujet à caution dans le contexte actuel. Or, ce refus du présent édicté par la direction du MDS ne rappelle-t-il pas justement la similitude des positions qui furent celles du défunt Hachemi Cherif ? Bien qu’enfanté par le PAGS, lequel assumait auparavant la filiation du PCA, le « mouvement » n’avait dû sa notoriété initiale qu’à la personnalité du défunt. Il est clair qu’il fut, durant une quinzaine d’années, un solide arpenteur des espaces profitables aux libertés publiques de même qu’il était sévèrement critique en face des arrangements politiciens. D’ailleurs, selon de nombreux acteurs qui ne partageaient pas, en quelque sorte, sa dialectique, il était qualifié de dogmatique, eux qui plastronnaient en agitant les petits drapeaux du pragmatisme. À l’opposé, il illustrait son intransigeance en prêchant le radicalisme de la « double rupture ». C’est-à-dire viser l’effondrement du système rentier tout en mobilisant les moyens susceptibles d’éradiquer l’islamisme politique.
Refusant de succomber au charlatanisme des urnes sous « la magie » des pouvoirs, il lui avait été reproché sa posture le soupçonnant de craindre la désillusion des votes. Ce à quoi il sut rétorquer en leur rappelant que la parodie des scrutins en Algérie ne mesure pas la popularité mais la compromission et l’allégeance. D’ailleurs, pour ceux parmi les sympathisants du MDS, l’on a retenu que ce fut en février 2000 que le parti se démarquera officiellement de la thèse « participationniste ». Pour le coordinateur, cette remise en question se justifiait précisément par l’ambiguïté même de cette dénomination, car celle-ci pouvait faire de la collaboration une priorité au détriment de l’effort visant essentiellement à acquérir la confiance populaire, celle qui a été baptisée « conquête de la société ». Voilà une expression qui résumait justement l’essentiel de sa mobilisation. Celle d’être en même temps audible sur les places publiques et politiquement convaincant face aux polémiques dont les ambiguïtés ont souvent joué des tours pendables à plus d’un parti.
Autrement dit, en termes de méthodologie, rien n’a changé dans la démarche militante en vigueur du MDS. Grâce à un capital idéologique qui le balise et des règles déontologiques qui pilotent son action, ce mouvement a survécu à tous les périls de la dissolution. Hostile à une certaine perversité politique, il tient bien plus du respectable statut de « fondation » que de l’éphémère machine à parier dans les fausses urnes électorales.
B. H.
(1) In l’interview de Fethi Gharès, dirigeant du MDS, parue dans El Watan du 4 janvier 2021.

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