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Lettre de province

Pourquoi faut-il révoquer ces intérimaires de la transition

Publié par Boubakeur Hamidechi
le 20.04.2019 , 11h00
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Au lendemain de la démission forcée de Bouteflika, le général Gaïd Salah, alors maître sans partage des ruines du pouvoir, proposa au peuple, toujours en colère, de changer l’ordre des choses tout en préconisant le respect des institutions et l’application à la lettre de la Constitution. En se fixant comme objectif de satisfaire les doléances, pourtant explicites à travers les pancartes des manifestants, il donna vite l’impression qu’il louvoyait face à une lame de fond humaine aux exigences plus radicales.
Partisan des concessions « raisonnables», il comptait bien pouvoir siphonner la résistance de la rue en alternant la menace du bâton et la promesse d’une fausse carotte. Peine perdue, car sa démarche suscitera, en quelques semaines, plus de suspicions à son égard que la moindre adhésion à la “stratégie”. En somme, tous les engagements légalistes contenus dans ce fameux article 102 allaient se révéler pleins de chausse-trappes au cours de son application, rendant même le parrainage de la caserne aléatoire. Pris dans son propre jeu, le généralissime risquait de manger son képi s’il ne corrigeait pas dans l’urgence les données de son «magistère». Chose faite mardi dernier quand, à partir de la 4e RM, il dut s’expliquer au sujet de ses démarches. Une allocution édifiante dans la mesure où il s’était efforcé de gommer la détestable impression qu’il suscita à propos de la solution qu’offre, selon lui, cette Constitution laissée en héritage. Après avoir mis un bémol à sa fantaisiste certitude, il reconnaîtra explicitement que «toutes les perspectives possibles restent ouvertes» ! Une conversion qui mérite d’être soulignée car elle est certainement la conséquence de la pression des forces sociales qui se sont mobilisées depuis huit semaines et ne sont disposées à soutenir que les seuls processus visant le changement de République. Dans les faits, la transition dont il s’agit doit aboutir directement à une Constituante et rien d’autre. Car, les Algériens, dans leur majorité, savent de quoi il en a retourné toutes les fois où le pays était passé par des élections (truquées évidemment) avec de faux leaders tout à fait disposés à amender la loi fondamentale au point où ce qui aurait dû demeurer une référence doctrinale destiné à encadrer l’État a fini par ne servir que de feuille de vigne cachant la nature prédatrice des pouvoirs. À ce propos, l’on a sous les yeux l’illustration à travers les reliquats abandonnés par le dernier régime et destinés au recyclage qui vient de s’accomplir. C’est qu’à lui seul Bouteflika viola plus d’une fois les règles constitutionnelles dont les effets sont à ce jour perceptibles. Et ce furent de monumentales atteintes à l’esprit des lois que le palais avait commises à travers les promotions de Bensalah et de Belaïz. Le premier était inéligible à la haute fonction de chef de l’État par intérim pour une raison de bon sens lorsqu’on met en lumière sa cooptation à la fonction de président du Sénat (le tiers présidentiel) là où il est souvent exigé la caution du mandat électoral. Quant au second, il n’aurait pas dû retrouver une seconde fois la présidence du Conseil constitutionnel quand la règle précise que l’on n’y siège dans cette auguste institution que durant un seul mandat. Autant de déplorables délits accomplis par le régime et qui laissent en l’état tous les soupçons au sujet de cette forme de «récidive » juridique susceptible d’être actionnée à tout moment pour permettre au même système politique de rebondir. 
D’ailleurs, l’insistance avec laquelle les points de vue se croisent sur la place publique évoque pourtant peu la possibilité d’aller directement à une Constituante. Arguant du fait que seule une présidentielle est en mesure de parapher la victoire d’un mouvement social de cette amplitude, ne se commet-il pas une énième erreur d’aiguillage en ce sens qu’elle consistera à livrer purement et simplement à une Constitution infâme cette grande opportunité historique grâce à laquelle l’État-Nation pouvait changer d’oripeaux ? Car, avec la notion de «transition» oblitérée par une présidentielle, douteuse par avance, la révolution du 22 février se retrouvera alors dans le même formalisme du régime qu’elle pensait avoir déraciné. C’est que l’on ne transite pas en reprenant à son compte les mêmes recettes (la Constitution) tout en prétendant que celles-là seraient encadrées par une nouvelle éthique. Car, à travers l’éternel subterfuge mettant en avant la possibilité d’amender une loi cardinale, n’avons-nous pas eu la preuve que la forfaiture politique avait bel et bien été au rendez-vous des manœuvres du pouvoir ? 
Au moment où les discussions achoppent sur le vocable de la «transition», il est remarquable de constater que l’on ne parle guère de la même chose. Ainsi, lorsque cette idée de «passage» est évoquée par les tenants officiels de l’article 102, l’on croit comprendre qu’ils n’ont pour seule ligne d’horizon que le vote du 4 juillet et le retour à leurs chaumières de ces agités du vendredi. À l’inverse, les cercles improvisés en marge des manifestations considèrent que les institutionnels, dont on a fait les dépositaires de la solution, occultent sciemment la possibilité d’associer la société civile à l’élaboration d’un calendrier de la transition. Or, si l’obstacle à la moindre convergence signifie que le régime de Bouteflika fait encore de la résistance, la seule riposte à lui opposer ne peut se résumer que dans le boycott de toute la procédure devant déboucher sur un vote le 4 juillet, lequel sera organisé sous la férule d’un personnel politique à la réputation peu glorieuse. Au moment où le destin d’une République se joue contre celui d’un clan, n’est-il pas fautif d’observer une improbable neutralité au nom de l’on ne sait quelle conformité avec la «loi» ?
B. H.

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