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Lettre de province

Qu’est-ce qui fait courir Djaballah ?

Publié par Boubakeur Hamidechi
le 23.02.2019 , 11h00
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Après avoir souvent expérimenté, sans succès, différentes démarches susceptibles de relancer les multiples courants de la mouvance islamiste, Djaballah veut, cette fois-ci, réactualiser un certain frontisme en débarrassant celui-ci de sa nature sectaire et l’ouvrir en même temps à l’ensemble des sensibilités politiques à condition qu’elles ne fassent pas partie des satellites du régime. C’est d’ailleurs dans cet esprit qu’il vient de décider d’inviter à une convention des leaders des partis mais aussi des personnalités indépendantes afin qu’ils animent une sorte de «caucus» à l’américaine dont le seul but serait de désigner un candidat unique à la présidentielle.
L’objectif en soi est lourd de conséquences et pourrait fort bien ne jamais aboutir à un choix consensuel. De plus, l’initiative elle-même pèche surtout par son caractère tardif quand il fallait que ces assises, éminemment politiques, se tiennent plus tôt afin de transformer un conglomérat de partis en alliance partageant un même programme électoral. Voilà pourquoi il n’est pas exclu à l’avance que les échanges de mercredi dernier n’aboutissent qu’à des vœux n’engageant aucun participant. Sauf que ce rendez-vous a tout de même fait un heureux en la personne de Djaballah lequel est parvenu à capter les lumières médiatiques.
En effet, cet islamiste retors et inventif n’est pas à une ambiguïté près depuis le temps où il a commencé à exister politiquement. Car, en dépit du semi-échec de sa consultation, il aura tout de même gagné le galon de médiateur sur la scène des marchandages avec le pouvoir. Passé maître dans l’art d’interpréter différemment les situations au moment où elles se présentent, il s’est justement illustré dans ce domaine ces derniers jours. C’est ainsi que la polémique au sujet du 5e mandat vient de lui servir de tremplin pour réagir sur deux registres tout à fait contradictoires. D’abord en annonçant dès le 18 janvier son désaccord avec la reconduction du Président sortant et son refus de se présenter à cette présidentielle où le «passage en force» serait gravé dans le marbre du prochain scrutin ; pour ensuite s’activer contradictoirement à réunir, dans une curieuse conférence, un panel de compétences avec comme objectif de désigner un candidat unique qui s’en irait concourir dans un vote que lui-même venait de réfuter violemment un mois auparavant. 
Partisan de l’abstention pour ce qui le concerne personnellement, puis se prévalant du rôle de médiateur quand il s’agira d’envoyer au casse-pipe des urnes celui que l’on avait destiné au rôle du vaincu magnifique, il n’éprouve aucune hésitation à assumer les inconséquences de son double jeu. Lui qui eut parfois recours à la duplicité politicienne pour survivre, il s’était effectivement manifesté tantôt sous le masque du «Dr Jekyll» et tantôt de celui de «Mr Hyde». Bref, réputé pour être un adepte des tractations quitte à ce que celles-ci aillent à l’encontre de sa «profession de foi», ne fut-il pas qualifié méchamment de girouette ? Car, parmi les courants islamistes, le sien justement fut tour à tour un allié du pouvoir avant de connaître la répudiation et l’acharnement «administratif» qui n’est rien d’autre que l’oukase émis par le régime. Or, malgré le fait qu’il fut, par deux fois, privé de toute activité dans ce domaine, il parvint à rebondir et même à ressusciter sous d’autres sigles, regagnant étonnamment en audience «électorale» par la seule magie d’un retour en grâce auprès du palais. Cependant, la seconde séquence de sa carrière remonte à l’été 2011 lorsqu’il bénéficiera de l’agrément pour son nouveau parti baptisé FJD (Front pour la justice et le développement). Soucieux à cette époque de réussir sa «réhabilitation» politique, il fit en sorte de commencer par le relookage sémantique du parti. C’est ainsi qu’il opta pour des identifiants n’étant plus connotés par la religion. Sous la bannière d’un acronyme tout ce qu’il y a de républicain, il voulait d’abord se prémunir contre la censure et ses prétendues lignes rouges pour ensuite réinscrire son militantisme dans un esprit participatif. Autrement dit parvenir à se faire une place semblable à celle du MSP sans pour autant se compromettre comme le fut celui-ci du temps d’Aboudjerra Soltani. Sept années après la légalisation de ses activités, El-Adala, l’autre désignation en arabe du sigle FJD, bénéficie d’une certaine visibilité qui semble répondre aux attentes du pouvoir. 
Pour la petite histoire, le parti de Djaballah aurait pu accéder à l’Olympe du premier cercle n’eût été l’efficace opportunisme du MSP qui l’avait précédé. Il est effectivement intéressant de rappeler son aptitude à exercer cette fonction de médiateur qui remonte à avril 1999. Devenu à cette époque la pièce maîtresse dans l’échiquier du régime aux temps de la réconciliation et de la concorde, il contribuera en grande partie à la réussite des référendums grâce à ses meetings. Admis par la suite à participer à la présidentielle de 2004, il avait cependant gardé une certaine retenue dans la compromission. Au moment où le pouvoir actuel reconnaît qu’il a épuisé tous les ressorts de l’islamisme après les 20 années de servitude dans lequel celui-ci s’est complu, pourquoi ne se déciderait-il pas à embrigader cette nébuleuse qui s’était efforcée jusque-là de ne pas s’impliquer avec le système ? In fine, il viserait celle qui demeure le dernier bastion susceptible de lui recruter des candidats à une délicate opération électorale. Pour peu que l’hypothèse vienne à se vérifier, Djaballah sera alors l’ultime radeau du bouteflikisme quand, de toutes parts, est exigé son solde de tout compte. Et si la convention proposée par le «vertueux» imam n’est-elle rien de plus qu’une opération de recrutement ?
B. H.

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