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Lettre de province

Syndicalisme autonome ou le «grand remplacement» en vue

Publié par Boubakeur Hamidechi
le 13.02.2021 , 11h00
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S’achemine-t-on vers une recomposition significative du syndicalisme algérien ? À en croire une brève information indiquant que « l’UGTA refuse de siéger au Cnese au motif que ce « conseil » vient de ramener sa représentativité à cinq sièges »(1), l’on suppute, d’après certaines données, que les syndicats autonomes vont sûrement accéder enfin aux statuts de consultants au même titre que la « vieille maison ». Il est vrai que l’ouverture qui se prépare dans le domaine syndical va certes impacter le rayonnement artificiel d’une « centrale » erratique, par contre elle fera beaucoup de bien au syndicalisme lui-même qui, durant 15 années (2005-2020), fit appel aux réseaux marginaux pour défendre les intérêts des corporations.
L’expérience aidant, l’idée d’une « confédération » qui consolida entre eux les réseaux autonomes allait l’emporter sur leur corporatisme étriqué. À son tour, l’épreuve du terrain souligna définitivement l’inefficacité de cet autonomisme outrancier jusqu’à convaincre ce syndicalisme débridé de souscrire à la polarisation d’une même structure. Celle du passage qualitatif vers le bloc des solidarités, seul capable de conduire une contestation mais aussi de plaider sérieusement les causes sociales à la table des négociations.
Sans doute que le projet d’une fondation était devenu plausible et en même temps impérieux quand, à la suite de l’effondrement de l’UGTA, le corporatisme syndical éprouva d’énormes difficultés à se prévaloir de quelques légitimités alors qu’il était déjà détenteur de la légalité émanant des travailleurs. Par ailleurs, l’esquisse d’une « centrale » différente, ou plutôt d’une « union » autre, était devenue nécessaire en ce sens que la totalité des paramètres économiques du pays indiquaient clairement la fin d’un État social alors que celui-ci s’imposait grâce à des mécanismes de régulation favorables aux couches sociales. Or, cela n’a plus été le cas sous le régime précédent lorsque le patronat se déploya dans toutes les niches sociales devenues moribondes. D’où l’inévitable interrogation s’agissant du syndicalisme. Autrement dit, quel profit celui-ci était susceptible d’imposer pour épargner aux couches sociales la détresse de la misère totale ? En somme, si cette question n’attend pas de réponse en termes de casting, par contre, elle n’est posée que pour rappeler que même l’UGTA n’avait aucune vocation d’être l’accoucheuse d’une nouvelle doctrine syndicale. En clair, ce n’est pas le grand âge (65 ans) qui la handicape mais ce sont surtout les multiples stigmates de ses trahisons à l’égard des classes sociales actuelles qui l’ont disqualifiée.
De surcroît, la probable révolution syndicale saura instruire en creux, par rapport à la nouvelle déontologie de ce militantisme, le procès d’une génération de pseudo-syndicalistes ayant privilégié le recours au compromis en toutes circonstances. De cette posture de négociateurs dont se prévalaient publiquement ses dirigeants, il n’y avait que de fausses explications, voire de fausses justifications destinées à masquer le contenu du véritable pacte passé, à la fois, avec le régime politique et les douteux capitaines d’industries prospérant grâce aux marchés captifs de l’État. En effet, tout au long des années Bouteflika, jamais l’UGTA n’a trouvé à redire aux tendancieuses pratiques « économiques » d’un certain lobby. De même que l’on n’a pas le souvenir d’une mise en garde patriotique venant de son secrétariat général. Alors que le bradage battait son plein et que la disparition des emplois industriels s’accomplissait par charrettes entières, l’on n’a pas cru nécessaire de s’y opposer à partir de la place du 1er-Mai. Ni même d’ailleurs de sonner le glas politique en appelant aux grèves et aux black-out dans les carrés des usines. Au contraire, le secrétaire général « himself » prétendait percevoir dans cette mutation structurelle le signe d’une « relance économique » profitable au pays. Une révérence inattendue qu’il conclura par un soutien public à la fameuse loi sur les hydrocarbures !
C’est ainsi qu’au nom d’une fantasmatique « NEP » (nouvelle économie politique), tous les syndicalistes patentés firent chorus en hommage à « l’intelligence économique » des nouvelles élites politiques. Or, n’était-ce pas là l’illustration d’une aveuglante démission même sur le plan moral lorsqu’on qualifia de « délictueuses » les grèves des cols bleus qui battaient le pavé de leurs usines déjà à l’arrêt ? Sur tous les choix, qu’ils soient économiques ou sociaux, n’avaient-ils pas, justement, apporté chacun leur caution au Palais ? Mieux ou pire lorsqu’il advint à l’inénarrable premier de cordée qu’était Sidi Saïd de renier ses précédents soutiens, il le fit avec un aplomb de menteur et un zèle de vassal à faire pitié. Mais il n’était pas le seul à adopter de pareilles inclinations vers la qibla du Palais. Tous les « notables » de la grande maison du 1er-Mai ne se préoccupèrent que d’un seul avis : celui qui les félicite pour leur vigilance ! Laquelle ? Celle de briser des grèves du désespoir. C’est dire, qu’en moins de 20 années, l’UGTA avait fini par être assimilée à une officine supplétive du pouvoir chargée d’agir sur le front social mais pas à son profit. Bien plus qu’une paradoxale dérive, elle illustrait, auprès des petites gens, la compromission dans ce qu’elle a de plus infamant. Autant de jugements du passé qui ne peuvent et ne doivent surtout s’effacer des esprits qu’à partir du moment où le nouveau directoire engagera un travail de restauration des doctrines syndicales en mettant fin au paradigme inspiré par les pouvoirs. Autrement dit, renouer avec les fondamentaux classiques ayant fait la preuve de leur savoir-faire, notamment dans la défense des sans-voix. Et, pour que cela puisse être possible, gommer de la dialectique du syndicalisme en lui-même les références douteuses. Entre autres, celles qui seraient contraires aux causes sociales. Ce serait globalement ainsi qu’à leur tour les autonomes devraient percevoir également leurs vocations de résistants respectables.
Bref, quels que soient les contextes du futur, l’on devrait aboutir forcément au fameux « grand remplacement ». Celui qui redorera, grâce à la massive adhésion des syndiqués désenchantés, la noble mission de ce qu’aurait dû être toujours le syndicalisme.
B. H.

(1) In Liberté du dimanche 2 février.

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