Pousse avec eux / Pousse avec eux

Phénomènes étranges dans l’ancienne Cathédrale des Consentements !

Ya Zemmour ! Haya ! Salli aâla…

… Mohamed entaâek !  

Les fauteuils mœlleux ont d’abord toussé. Au début, assez discrètement. Ensuite, cela s’est transformé en des toux rauques, sonores et persistantes. Il est vrai que de mémoire contemporaine, les fauteuils n’avaient jamais vu ça et surtout, entendu ces propos. Ensuite, certains d’entre eux, suivis immédiatement par les autres, ont commencé à crisser. Un son strident a déchiré la salle. Un concert de pieds de fauteuils, ce n’est pas courant en ces temps où tous les concerts sont annulés pour cause de pandémie. À la réaction estomaquée des fauteuils a aussitôt succédé celle des micros posés sur les pupitres. On les a vu soudainement pencher du cabochon, jusqu’à toucher le plan de travail. Comme des fleurs foudroyées par un mal mystérieux et qui faneraient à grande vitesse, pourriraient sur pied. Tout en haut, le grand lustre fut lui aussi frappé par un phénomène tout autant étrange qu’inexpliqué. Les ampoules de l’immense luminaire s’éteignaient les unes après les autres, certaines éclatant en mille débris de verre. Plongé dans une pénombre inquiétante en ces terres que l’on croyait de tranquillité éternelle, les voix continuaient de mouliner ardemment. Voire de manière véhémente. Personne n’avait prévu ni anticipé ce genre de situations. Des responsables, en haut, tout en haut de l’estrade ont bien tenté de joindre le régisseur de la salle pour lui demander d’enclencher le générateur auxiliaire de courant. L’homme endormi depuis l’indépendance se réveilla brutalement, consultat les messages urgents sur son mobile, puis pianota en guise de réponse fatiguée ce texto court : «Le Groupe électrogène a été vendu du temps de H’mimed, des restrictions budgétaires et il ne sert plus depuis qu’à ranger des chaînes et des cadenas rouillés !» Mon Dieu ! Que faire alors ? Rien ! Sinon continuer d’écouter des députés refusant opiniâtrement l’option proposée devant eux par le Premier ministre de «régler à l’amiable la question de l’argent volé par les oligarques et les anciens de la îçaba». Leurs refus prenaient une dimension inédite, dans ce décor aux résonnances habituelles de C.C, de Cathédrale des Consentements. Diantre comme un NON, des NON dits à haute voix prennent une dimension déroutante pour qui, des années durant, n’y a entendu que des OUI baignés par le doux halo du lustre. Va falloir réparer les ampoules, Monsieur le régisseur ! Et surtout produire et certifier la facture d’achat et de remplacement. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.