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Bouira

La ville en ébullition après l’affichage de la liste provisoire d’attribution des 900 logements

Comme il fallait s’y attendre, l’affichage de la liste provisoire des 900 logements sociaux de la commune de Bouira a eu pour effet l’explosion de l’ire des milliers de mécontents, à travers les quatre coins de la ville et de l’ensemble du territoire du chef-lieu de wilaya.
Il faut rappeler que, pour la première fois, le wali de Bouira s’implique personnellement dans les procédures d’attribution en veillant au grain sur d’abord la liste des membres des commissions d'attribution de chaque daïra, pour lesquels il avait donné un nouveau souffle en écartant certains membres qui étaient là pendant plus de 20 ans pour certains d’entre eux. Ensuite, il avait invité des citoyens à désigner un à deux membres pour se joindre à ces commissions de daïra, non pas pour participer à l'étude des dossiers mais pour surveiller l’opération et la régularité des procédures.
Enfin, dernier point, ajouter plus de transparence dans cette opération. Le wali s’est engagé à remettre ces listes aux représentants des quartiers avant l’affichage afin de voir si parmi les bénéficiaires, il n’y a pas d’intrus. Et comme pour rassurer ceux qui ne seront pas portés sur la présente liste, le chef de l’exécutif avait déclaré dernièrement à travers les ondes de Radio Bouira, que, juste après cet affichage de la liste des 900 logements sociaux, il y aura un autre quota de logements qui sera prêt dans trois mois, soit vers juin prochain.
Toutes ces précautions, toutes ces mesures, et l’affichage de la liste mardi par les services de la daïra de Bouira, avec 823 logements octroyés sur les 901 disponibles, la commission de daïra avait réservé un quota pour les éventuels recours. Ces derniers, sans nul doute, seront nombreux et certains d’entre eux seraient nécessairement et par expérience fondés. Par conséquent, ils seront réétudiés. Malgré toutes ces anticipations, les sièges de la daïra et de la Wilaya étaient envahis dès les premières heures de la matinée d’hier par les citoyens.
Cependant, les responsables avaient prévu tout cela puisque, dès l’aube, le siège de la Wilaya était quadrillé par un impressionnant dispositif policier installé devant le portail principal et aux abords, pour parer à tout débordement.
En effet, nous avons assisté à des scènes d’hystérie, œuvre de jeunes et de pères de famille, en furie qui n’ont pas eu de logements ; de femmes en pleurs, d’autres évanouies pour lesquelles il a fallu l’intervention des éléments de la Protection civile pour les évacuer vers l’hôpital Mohamed-Boudiaf, et enfin, des interpellations pour quelques jeunes surexcités qui furent embarqués au commissariat central.
Au niveau du quartier 140 logements, l'on signalait, dès les premières heures de cette matinée, une tentative de suicide d’un jeune qui habite dans un garage depuis plus de 7 ans avec sa mère et ses frères et auquel les autorités locales auraient promis un logement sur cette liste. Le jeune qui était monté sur un pylône électrique a fini par se calmer et reprendre ses esprits grâce à ses voisins et proches.
Notons que dans ce quartier le plus populaire de la ville et dont le nombre de demandeurs de logements est très important, dès la matinée, les jeunes exclus de la liste ont procédé à la fermeture de la route de déviation qui passe par leur site, avec des pierres, et des troncs d’arbres, des bacs à ordures et, bien sûr, des pneus brûlés.
À notre arrivée sur les lieux, ils nous racontèrent leur misère, qui, en brandissant le livret de famille, qui pour nous montrer les ordonnances des malades chroniques et des handicapés vivant sous un même toit... Pendant ce temps, d'autres nous fustigeaient en nous invitant avec des mots à la limite du correct, à quitter les lieux tant ils n’ont plus confiance en personne. Encore moins en « cette presse écrite complice, selon eux, avec le pouvoir et les responsables.
Au niveau du quartier Ecotec, les mêmes scènes de désolation et de déception étaient visibles. Au fur et à mesure que le temps passait, la tension montait et d’autres mécontents au niveau des quartiers Ouled-Bouchia, la rue Foch, centre-ville, Château d’eau, manifestaient leur colère en brûlant les pneus créant des colonnes de fumée noire dans le ciel bleu de ce mardi.
Tout ceux que nous avons rencontrés essayaient chacun de nous raconter sa propre situation sociale pour se convaincre de l’injustice qui s’abat sur lui.
Cela étant, même avec cet impressionnant dispositif policier, un corridor formé par des policiers avec leurs boucliers à la main était là sur le trottoir pour réguler le flux de personnes désireuses d'accéder à l'intérieur du siège de la Wilaya pour y déposer son propre recours.
Mais, peu de gens parmi ces mécontents donnaient du crédit à cette commission. Pour la majorité des gens qui ont été exclus et après le choc des premiers instants, les dés sont jetés puisque, par expérience, sur une liste provisoire, le nombre de candidats qui sont retirés de la liste initiale reste toujours insignifiant.
Il est vrai que la commission de daïra d’attribution des logements a reçu plus de 14 000 dossiers et que parmi ces derniers et après le premier tri, on compte près de 9 000 recevables, c’est-à-dire éligibles. Essayer de trier parmi ces milliers de dossiers, tous des cas sociaux, 900 bénéficiaires, n’est guère chose aisée.
Y. Y.