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Reportage

Alger-Tizi Ouzou-Boumerdès : Balade historique et touristique Si Cissi m’était conté…(11e Partie)

Publié par LSA
le 26.05.2020 , 06h00
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Par Mohamed Arezki Himeur
Le sol de Dellys, Takdempt, Cap-Djinet, Zemmouri et d’autres villes de la même bande côtière, à l’est d’Alger, n’a pas livré tous ses secrets. Des fouilles et des recherches archéologiques menées entre le XIXe et le début XXe siècles, dans la zone allant de Thénia et Bordj-Menaïel jusqu’à la mer, ne semblent pas avoir été approfondies. Dans certains cas, des outils et des ruines ont été découverts par hasard. Cissi, ça vous dit quelque chose ? 

Takdempt : Très peu de gens connaissent Takdempt (ou Tagdamt). Il s’agit pourtant d’un village préhistorique situé sur la RN24, à l’entrée ouest de Dellys. Il est connu, par le commun des mortels, pour ses belles plages. Des fouilles réalisées à la fin du XIXe siècle ont permis de mettre en évidence, entre autres, un atelier de pierre  taillée  installé sur un plateau surplombant le village. «Le territoire de Takdempt nous réservait une autre surprise. Dans sa partie basse, qui s’étend entre la mer et le plateau, nous avons trouvé, au milieu des terres récemment défrichées, des pointes de javelot et de lance. Parmi ces instruments en silex, diversement coloré, nous devons signaler trois qui sont, par leur conservation et la finesse du travail, de magnifiques spécimens de ces armes primitives», relevaient H. Lacour et L. Turcat.(41) 
Deux de ces instruments «ont la forme triangulaire», tandis que «le troisième, type connu, mais rare, se termine par une partie tranchante large de deux centimètres», précisaient-ils Ces deux archéologues estimaient, cependant, que «ces pointes de lance et de javelot ont été certainement importées dans la région». Car «le manque de silex à Takdempt et surtout l’absence complète d’éclats de taille nous permettent du moins cette supposition».42) Le village colonial a été fondé le 18 juin 1879 et officialisé en 1885.

Cap-Djinet (ex-Cissi) : C’est une petite ville réputée pour ses plages accueillant un nombre important d’estivants. Ils viennent des villages voisins, mais aussi des localités et hameaux de Thénia, Beni-Amrane, Si-Mustapha, Isser et Bordj-Menaïel. Elle dispose de tous les atouts pour devenir une remarquable station balnéaire. La pêche constitue l’une de ses principales activités. Une partie du poisson vendu dans des marchés d’Alger provient de Cap-Djinet. Sa rade est plus grande que celle d’Alger. Elle s’étend jusqu’à Cap-Matifou. Ce qui explique l’intérêt du groupe Cévital pour la réalisation d’un grand port en eau profonde dans cette zone. La rade de Cap-Djinet se prête à l’accueil d’un tel mégaprojet qui fournira, selon Cévital, un million d’emplois directs et indirects. Le projet, bloqué sous le règne de Bouteflika, serait-il relancé ?  Les traces de la cité antique Cissi sont ensevelies sous des tonnes de béton des constructions édifiées depuis la création du centre de colonisation, il y a presque un siècle et demi. L’Eglise chrétienne du Ve ou VIe siècle, les deux nécropoles situées à l’est et à l’ouest de la cité, de grosses pierres en granit taillées, des fûts de colonnes, des débris d’amphores et de poterie, des pans de murs et d’autres vestiges découverts sur les lieux laissent à penser que Cap-Djinet fut une assez grande ville antique. Certains objets ont pu être reconstitués à travers des dessins au XIXe siècle, fixés dans des livres. Les dévastations à grande échelle du site ont commencé dès la création du village colonial en 1880. «En l’état actuel de ces ruines, complètement bouleversées depuis l’installation du hameau français, il faudrait une étude patiente pour démêler sur le sol les traces de l’emporium carthaginois de la ville romaine et probablement une reconstruction byzantine.»(43)
En 1868 déjà, M. Ch. Vigneral, évoquait ces bouleversements avec amertume. «Ici, il y a une dévastation complète, qui achève chaque jour la culture. Aucun édifice n’est resté debout, mais un nombre considérable de blocs taillés, de toutes formes et grandeurs, dessinent encore des alignements et des enceintes de maisons. Des fûts de colonnes brisées sont les seules traces de sculpture que j’ai rencontrées. Le sol est partout jonché de débris de briques et de poterie», écrivait-il.(44) La réalisation éventuelle du hub portuaire pourrait, pourquoi pas, libérer quelques objets, outils et autres vestiges enfouis sous l’eau, près de la plage.

Zemmouri (ex-Courbet) : C’est un ancien village autochtone faisant partie de la tribu des Béni-Aïcha. Le village colonial, qu’on appelait centre de colonisation dans la littérature officielle de l’époque, a été fondé vers 1855 et rattaché à la commune de l’actuel Boudouaou (ex-Alma). Il a été rebaptisé Courbet le 19 juillet 1875, du nom d’un amiral du même nom. Il a été érigé en commune de plein exercice le 7 avril 1886. Zemmouri et de nombreuses villes et localités de la wilaya de Boumerdès, dont ils dépendent, ont été détruits par un violent séisme d’une magnitude de 6,8 sur l’échelle ouverte de Richter le 21 mai 2003. Il ne reste pratiquement plus aucune bâtisse intacte de l’ancien village colonial.

Zemmouri El-Bahri (Courbet-Marine) : Il est situé à environ 5 km du premier. Il était et demeure un important port de pêche. Il est réputé pour sa sardine très appréciée par les gourmets. Les capacités d’accueil de son port sont estimées à environ 200 embarcations. Ses plages sont très courues par les baigneurs pendant la saison estivale. La forêt qui abritait autrefois un hippodrome et des centres de colonies de vacances a muté en complexe touristique et de loisirs, comprenant un village de bungalows, des restaurants, cafés… 

Aïn-Taya : Ce village, créé en 1853, est réputé lui aussi pour ses plages (Déca-Plage, Surcouf et Tamaris) et celles des localités voisines d’El-Marsa (ex-Jean-Bart) qui abrite les deux plages de Tamentefoust  est et ouest, de Aïn Chorb (ex-Surcouf) à l’est. Il a porté le nom de Aïn-Taya-les-Bains durant la colonisation. Jusqu’à la fin des années 1980, la zone connaissait une grande affluence des estivants. Ses plages étaient très appréciées des baigneurs. Cependant, les infrastructures touristiques ne suivaient pas. Le littoral à l’est d’Alger a été négligé par rapport à la côte ouest. Celle-ci a bénéficié de la construction de plusieurs complexes touristiques : Club-des-Pins, Moretti, Sidi Fredj, Zéralda et Tipasa. On n’a pas accordé trop d’intérêt à la côte est qui va des Sablettes (Alger) jusqu’à la frontière tunisienne, en passant par les superbes sites touristiques de Zemmouri, Cap- Djinet, Tigzirt, Azeffoun, Beni Ksila, Béjaïa, Tichy, Aokas, Melbou, Ziama Mansouria, El-Aouana, Jijel, Collo, Skikda, Annaba pour ne citer que ces exemples. Autant de gisements touristiques délaissés alors qu’ils auraient pu permettre la création d’une industrie touristique susceptible de fournir des dizaines de milliers d’emplois directs et indirects, y compris dans des activités annexes comme l’artisanat. Mais, bref… La station balnéaire de Aïn-Taya est située «dans un site délicieux qui est bien l’idéal rêvé pour ces sortes d’endroits : belle plage de sable fin, frais ombrages, hautes falaises hantées de rêve, tous les attraits d’une paisible et reposante villégiature», relevait E. A. Molina en 1908.(45)
Entre cette date et aujourd’hui, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et des tonnes de sable fin des plages ont pris le chemin des chantiers de construction. Village de pêcheurs, Aïn-Taya a été rattachée en 1856 à la commune de Rassauta, près de Bordj El-Kiffan, puis en 1861 à la commune de Rouiba. Ce n’est qu’en 1870 que le village fut érigé en commune de plein exercice. Aïn-Taya est réputée aussi pour ses terres fertiles, aujourd’hui en partie englouties sous le béton des bâtiments et villas qui ont poussé comme des champignons ces vingt dernières années. La découverte, au XIXe siècle de javelots et de débris de poterie ont révélé l’existence dans la zone d’une civilisation néolithique. M. Piroutet avait signalé, en 1930, l’existence d’une station préhistorique de Aïn-Taya, près d’Alger.(46)
Deux ans plus tard, un autre chercheur, le Dr H. Marchand, avait repris le sujet dans une étude intitulée «Une importante station préhistorique du littoral est-algérois», publiée dans le même Bulletin de la société préhistorique de France (47). Depuis, aucune nouvelle recherche ne semble avoir été effectuée.
M. A. H.

Sources :
(41) et (42) Trouvailles d’objets préhistoriques dans la région de Dellys, extrait d’un article publié dans le Bulletin archéologique, Imprimerie nationale, 1900, Paris.
(43) Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique, département de Constantine, 1er volume, 4e série, 32e volume de la collection, 1898.
(44) Ruines romaines de l’Algérie, Kabylie du Djurdjura, Christian de Vigneral, imprimerie de J. Claye, Paris, 1868.
(45) Vers le bleu, impressions algériennes, E. A. Molina, P. Donville Editeur, Paris, 1908.
(46) Bulletin de la société préhistorique de France, n°11, 1930.
(47) Bulletin de la société préhistorique de France, volume 29, n°6, année 1932.

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