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Reportage

Alger-Tizi-Ouzou-Boumerdès, Balade historique et touristique L’appel de Sidi Belloua (1re Partie)

Publié par LSA
le 11.05.2020 , 06h00
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Par Mohamed Arezki Himeur
Et si on oubliait quelques instants le coronavirus et ses impacts, dont le confinement ! Comment ? En faisant, bien calé dans son canapé, une balade historique et touristique virtuelle entre Alger, Tizi-Ouzou et Boumerdès. Pour découvrir des villes, des villages, des hameaux, des sites historiques et pittoresques. Pour revisiter, rapidement, l’histoire de ces endroits depuis l’antiquité. 
Le parcours de la cité de Sidi Abderrahmane Thaâlibi (Alger) à celle de Sidi Belloua (Tizi-Ouzou) s’étend sur une centaine de kilomètres. Il est magnifique lorsqu’on prend le temps d’observer, d’apprécier, de s’arrêter de temps à autre au détour d’un virage, d’un mamelon, d’une localité. Il offre, par endroit, des panoramas splendides, comme il en existe un peu partout en Algérie : des plaines et, au loin, des paysages montagneux couverts d’une épaisse végétation au printemps et, parfois, d’une couche de neige immaculée en hiver. Le meilleur circuit, un peu long mais idéal, est celui qui emprunte les anciennes routes, qui traverse d’un bout à l’autre les villes et les localités situées sur le trajet, dont les principales rues abritent encore quelques bâtisses anciennes, à visage humain. On voit quelques-unes dans certaines localités. Des localités marquées, pour beaucoup d’entre elles, par des révoltes et des luttes contre une multitude de conquérants, depuis les Romains jusqu’au débarquement du corps expéditionnaire  français de 1830 sur les berges de Sidi Fredj, un certain 14 juin de la même année. 
L’Agha. Point de départ : place du Pérou, devant le bâtiment Le Maurétania, quartier de l’Agha. C’est dans cette zone que se regroupaient les janissaires avant de partir en campagne pour recouvrer les impôts ou punir les familles et tribus autochtones récalcitrantes. Ce quartier abritait, à l’origine, une ferme appartenant au saint ouali Dada, l’un des tombeurs de Charles-Quint en 1541 sur la rade d’Alger, selon la légende. La ferme fut utilisée comme une sorte de fondouk d’où les troupes ottomanes partaient en campagne. Le terrain fut «acquis» par acte notarié du 22 février 1831 par le maréchal Clauzel, selon un état établi par ses soins sur les propriétés en Algérie, terrains et bâtisses confondus. Le maréchal Clauzel fut accusé de s’être approprié gratuitement ou à des prix dérisoires ces biens et d’avoir profité, voire abusé de sa haute fonction de maréchal de France et de gouverneur de l’Algérie pour s’octroyer des privilèges. Ce qui explique le nom de Clauzel donné autrefois à l’actuel marché Réda-Houhou. Le quartier abritait aussi un lazaret transformé plus tard en pénitencier pour femmes condamnées à une peine d’une année de prison et plus.
L’avenue de l’ALN (ex-route moutonnière)  : elle ne désemplit pas à longueur de journée. Un cauchemar pour les automobilistes. C’est l’une des principales portes d’entrée d’Alger. Elle longe la baie, la voie ferrée et les immeubles vétustes des quartiers du 1er-mai et de Sidi M’hamed, situés dans la zone qu’on appelait autrefois Mustapha inférieur. Plus loin, le Jardin d’essai du Hamma,  datant de 1832, dont on aperçoit, de loin, la verdure de ses superbes végétaux, dont le ficus, le palmier, le platane et le washingtonien. Tous les continents y sont représentés. Cet établissement accueille environ 1,7 million de visiteurs par an. Le parc zoologique, construit en 1900 par Joseph d’Ange, près de l’entrée nord du jardin, dispose d’une belle collection d’animaux. 
Certains semblent y faire de vieux os en cet endroit, en battant le record de longévité de leurs espèces. C’est le cas d’Hector, le plus vieux condor de la Cordillère des Andes, mort à la fin du mois de juillet 2011. Hector faisait partie des tout premiers pensionnaires du parc zoologique. «C’est au micro-climat du Jardin d’essai qu’Hector doit sa longévité», écrivait en 1992 Afrique Magazine (n°88-89), à l’occasion du centenaire du volatile annoncé par le directeur de l’époque du Jardin d’essai. Jacqueline y avait vécu 99 ans et 4 mois, avant de rendre le dernier souffre en avril 1990. Cette femelle alligator du Mississippi d’Amérique du Nord, née en janvier 1891, avait 9 ans lorsqu’elle débarqua à Alger en 1900. Son arrivée coïncidait avec l’inauguration du parc zoologique. «Cet animal détient le record mondial de longévité dans son espèce», peut-on lire sur une plaque posée près du cadavre empaillé de l’animal, entreposé dans une minuscule salle-musée installée à droite de l’entrée nord du jardin.
L’arbre de Tarzan est le clou de la visite pour les jeunes et les adolescents. La légende dit que cet arbre géant et la partie du jardin où il se trouve, qu’on appelle le jardin anglais (ou à l’anglaise), auraient servi  de décor au tournage, en 1932, du film Tarzan, l’homme singe. 
Le Jardin d’essai du Hamma est à la fois un site d’acclimatation des végétaux, une promenade et une pépinière qui a fourni une grande partie des arbres qui ombragent aujourd’hui les bords d’un grand nombre de routes et de jardins publics du pays. Il occupait, au milieu du XIXe siècle, la troisième place des meilleurs jardins botaniques du monde. 
El Annassers (ex-Ruisseau) : C’était un petit hameau édifié sur les bords de l’oued Kniss abritant notamment quelques moulins à eau, des fabriques de poterie, des tanneries artisanales et une poignée d’horticulteurs. Une partie de son territoire, dont l’emplacement des abattoirs, a été annexée par la suite à Hussein-Dey. Le quartier est livré actuellement au bulldozer, à la pelle et à la pioche. Les vieilles bâtisses sont en train de céder la place à de nouvelles constructions modernes, à l’image de l’imposant Palais de justice. Installés à proximité des abattoirs, les gargotiers réputés pour leur succulent bouzellouf (tête de mouton cuite à la braise) et leurs savoureuses brochettes de viande et de merguez ont déserté les lieux. Le marché aux puces, oued Kniss, est sur le point de disparaître. Les boutiques du coin connaîtront le même sort que les abattoirs. Par contre, le business du marché parallèle de l’or prospère, surtout en période de crise comme celle, actuelle, de la pandémie de coronavirus. Celle-ci a contraint des familles démunies ou touchées économiquement de plein fouet par cette épidémie à se séparer de leurs bijoux et autres objets en or pour pouvoir faire face à la crise, tenir la route en attendant des jours meilleurs.
Les abattoirs : Ils ont été construits sur le lit de l’oued Kniss, dans le territoire du quartier de Hussein-Dey, en 1914. Le projet mûrissait depuis la fin du XIXe siècle. La mairie d’Alger et le Syndicat des bouchers de la ville s’y étaient opposés. Pour une question de sous. Parce que la création des abattoirs à Hussein-Dey allait affecter, avoir de graves conséquences sur le budget de la ville d’Alger qui percevait, jusqu’ici, 600 000 francs par an de droits d’abattage. Les bouchers, par l’intermédiaire de leur organisation, avaient proposé, dans deux pétitions successives en mars et mai 1905, le réaménagement des abattoirs en activité du quartier au boulevard Thiers, à Belcourt. Finalement, après moult négociations, un accord a été trouvé entre les deux antagonistes. La mairie d’Alger a racheté les abattoirs, mais en cédant une quote-part des droits d’abattage à celle d’Hussein-Dey. Le projet d’en faire un complexe culturel, après la délocalisation des boucheries, est tombé à l’eau. L’arrêté pris dans ce sens a été annulé. Le site devrait abriter les sièges du Conseil de la Nation (Sénat) et de l’Assemblée populaire nationale (APN). 
Quel paradoxe de voir deux institutions politiques implantées au cœur d’une zone abritant déjà des sites culturels, touristiques et des loisirs. Parmi ces sites, on peut citer, pêle-mêle, les Sablettes, les berges aménagées en complexe de détente et de loisirs de l’oued El-Harrach, l’hippodrome de Kharouba, le Palais de la culture, le Musée nationale des beaux-arts, le Jardin d’essai du Hamma, la Bibliothèque nationale, la grotte de Cervantès, la villa Abdeltif, les musées de l’armée et des moudjahidine, le Palais de la culture, le mausolée des martyrs, le village des Artisans. Une longue liste à laquelle pourrait venir s’ajouter, un jour, la villa Sésini, de sinistre mémoire, où des centaines d’Algériennes et d’Algériens furent torturés, parfois à mort, pendant la lutte de Libération nationale (1954/1962).
(A suivre)
M. A. H. 

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