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Société

Les Algériens bloqués à l’étranger De l’autre côté de la frontière

Publié par Soraya Naili
le 25.01.2021 , 11h00
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La situation est inédite. Personne n’aurait pu imaginer pareil scénario. Les frontières sont fermées depuis plus de 10 mois à cause de la pandémie de Covid-19. Résultats : des parents séparés de leurs enfants, des maris éloignés de leurs épouses et vice-versa. 

Autour de ces histoires, beaucoup de détresse, de pleurs, d’interrogations, d’angoisse et de souffrance.
Pire, de nombreux ressortissants n’ont pas pu assister à l’enterrement d’un de leurs proches fauché par la mort durant cette période incertaine. D’autres personnes qui ont envoyé leurs enfants étudier à l’étranger se retrouvent coupées de leur progéniture.
Face à l’absence de visibilité quant à un retour à la normale et à l’ouverture des frontières, ces âmes tourmentées se rabattent sur les réseaux sociaux afin de garder le lien avec les êtres chers.

Loin des yeux mais près du cœur
« Papy, mamy, quand est-ce que je pourrai avoir un câlin ? Vous me manquez trop ! » s’écrie Yanis, 5 ans,  chaque fois que sa mère branche la caméra pour un échange avec ses parents via Skype. Cela fait 18 mois que Saïda n’a pas pu rentrer en Algérie.
Elle habite à Cergy-Pontoise en région parisienne. « C’est la première fois de ma vie que je reste aussi longtemps sans voir mes parents. Mon fils Yanis se languit d’eux. Il est trop jeune pour comprendre la situation que nous vivons. Il réclame sans cesse de revoir ses grands-parents. C’est terrible d’être séparés des gens qu’on aime. Mes parents sont âgés.
Il m’arrive d’imaginer le pire. Je me dis que si l’un d’eux venait à mourir, je ne pourrais même pas assister à son enterrement. Mes sœurs, mes frères et ma famille me manquent atrocement. J’ai tellement envie de les serrer dans mes bras, de partager des moments de convivialité avec eux. Rien n’est plus important que la famille et les liens de sang dans la vie. Cette situation est juste insupportable ! »

Même pas un dernier adieu
Ce que redoute le plus Saïda, de nombreuses personnes l’ont vécu. Elles n’ont pas pu dire adieu à un frère, une tante, un père, ou une mère décédée de manière brutale ou après une longue maladie. Othmane habite à Montréal. Son dernier voyage à Alger remonte à septembre 2019.
« Je devais venir passer un mois en avril 2020, pour partager des moments avec toute ma famille, mais la pandémie m’a pris de vitesse. J’ai rongé mon frein en attendant que la situation se débloque. Entre-temps, ma mère est tombée gravement malade. Je suis devenu fou. J’étais constamment en communication sur les réseaux sociaux avec mes sœurs. La nouvelle de la mort de maman trois mois plus tard m’a brisé le cœur. J’étais anéanti et j’en voulais au monde entier d’être si loin et de ne rien pouvoir faire. Puis c’est ma tante maternelle qui est partie au ciel. Je vous laisse deviner mon désespoir. Un sentiment d’impuissance et l’idée de voir d’autres personnes chères à mon cœur s’en aller me hante jour et nuit.»

Solitude et désarroi
Souhila a envoyé sa fille pour étudier à Paris. Manque de pot, cette première année universitaire a coïncidé avec la crise sanitaire due à la Covid-19. « À 19 ans à peine, ma fille est claquemurée toute la journée dans une petite chambre universitaire. Elle poursuit ses cours à distance et souffre grandement de cet isolement. Couvre-feu et confinement ont mis ses nerfs à rude épreuve. Elle ne peut même pas partager des moments avec ses camarades de promotion. À cause de la fermeture du trafic aérien, son père et moi ne pouvons pas voyager pour lui apporter un peu de réconfort. Elle pleure beaucoup et semble complètement déprimée, comme nous le sommes nous aussi. Je ne suis pas de ceux qui appellent à l’ouverture des frontières à tout prix car je suis consciente des risques qui guettent notre pays en matière de contamination, mais je dis juste que nous sommes en train de vivre une situation humanitaire désastreuse. Il n’existe pas une seule famille en Algérie qui n’a pas un proche quelque part dans le monde. Angleterre, Etats-Unis, France, Espagne, Brésil, Australie, Canada... Des familles déchirées, séparées, désespérées... Des situations qui ont engendré des faits inédits, tels que les enterrements par visioconférence ou pire : cet homme qui s’est remarié après avoir été séparé de sa femme pendant 9 mois pour cause de fermeture des frontières. Je pense que ce que nous traversons actuellement laissera des traces indélébiles dans nos vies. Les écrivains, sociologues, réalisateurs ont beaucoup de matière à exploiter dans l’évocation de cette tragédie inédite .»
La fermeture des frontières pour limiter la propagation du coronavirus a séparé de nombreuses familles. En février 2020, Lydia (59 ans) s’était rendue au Canada pour rendre visite à ses deux fils installés dans ce pays. Depuis, elle n’a pas pu rentrer en Algérie. « Mes frères vivent à l’étranger. J’étais la seule à m’occuper de mes parents. Je suis bloquée au Canada et j’ignore quand je pourrai enfin rentrer », confie-t-elle. Combien sont-ils dans cette situation ? Difficile de les chiffrer, mais une chose est sûre : ces Algériens bloqués de part et d’autre des frontières à travers le monde sont en plein désarroi. 
Tous lorgnent les vaccins anti-Covid dans l’espoir d’assister à la disparition de cette pandémie et de pouvoir enfin sauter dans un avion pour retrouver les êtres qui sont chers à leur cœur.
Soraya Naïli

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