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Société

Réseaux sociaux Quand la vie privée est jetée en pâture

Publié par Soraya Naili
le 17.04.2021 , 11h00
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Outils de communication, d’information, de partage de ce début du XXIe siècle, internet et les réseaux sociaux font désormais partie de nos vies. 

Nous sommes des milliers d’utilisateurs dans le monde à poster photos, vidéos, textes. Certains y passent plusieurs heures par jour à immortaliser les moments de vacances, les restaurants où ils mangent, la dernière tenue qu’ils se sont offert... Pour flatter leur ego et combler leur narcissisme, ils y étalent leurs succès. Chaque « like » enregistré les emplit d’orgueil et de fierté. Un contenu qui est scruté par d’autres, dont la vie paraît plus plate.

Comparaison n’est pas raison
De nuit comme de jour, certains passent de longues heures à pianoter sur leur écran tactile. Leur vie privée est jetée en pâture. On sait ce qu’ils ont mangé à midi, quelle est la couleur des rideaux de leur chambre et l’endroit où ils ont passé leur week-end. Que signifie cette hyperexposition ? Pourquoi cette soif narcissique d’être vu par le plus grand nombre, admiré, reconnu, porté au pinacle ? Cet étalage ostentatoire ne risque-t-il pas d’attiser l’envie des autres ?
Soraya, 41 ans, a un avis tranché sur la question : «Les gens qui aiment s’exhiber sur les réseaux sociaux ont tendance à se montrer sous leur meilleur jour. Ils se mettent en scène, donnant d’eux-mêmes une image qui se veut parfaite. Avec plusieurs publications par jour, centrées sur leur petite personne, ils attendent une reconnaissance de leurs pairs afin d’exister. Ce qu’ils semblent occulter, c’est que leurs posts peuvent provoquer la frustration chez des personnes qui peuvent être emmenées à penser que leur propre vie est insignifiante par rapport à ce qu’elles voient sur les réseaux sociaux. Personnellement, ce genre d’images ne m’a jamais attirée. Je privilégie d’utiliser internet pour enrichir mes connaissances, ou m’informer sur ce qui se passe dans le monde, et certainement pas de m’occuper de la vie des gens. En réalité, ajoute-t-elle, les réseaux sociaux ont permis à des personnes futiles et artificielles d’exister, le reste me paraît superflu. Après, c’est la liberté de chacun de choisir de cautionner ce genre de publications ou de les ignorer. En tout cas, la vraie vie n’est pas dans ces outils virtuels, et ça j’en suis parfaitement sûre. »
Voir continuellement la vie des autres sur internet peut entraîner un sentiment d’envie, voire de jalousie comme nous le dit Feriel, 26 ans : «Il y a toutes ces influenceuses qui ont des milliers de followers et qui ne se rendent pas compte qu’elles suscitent l’envie chez les jeunes filles qui sont cloîtrées à la maison. Elles mettent leur notoriété au service du monde du luxe, postant les photos des hôtels 5 étoiles où elles séjournent, les produits cosmétiques qu’elles utilisent, les bijoux qu’elles portent... Leur vie paraît facile, heureuse, luxueuse, alors forcément, pour nous, qui n’avons même pas de quoi nous  payer un resto, c’est frustrant. Regarder la vie des autres via le prisme des réseaux sociaux, ça rend un peu malheureux des fois.»

Photos et vidéos dérangeantes
Sur les réseaux sociaux, fleurissent de très nombreuses vidéos qui font le buzz. Ceux qui filment et publient vidéos et photos ne réfléchissent pas toujours aux conséquences de leur geste. «Des personnalités connues comme des chanteurs ou des comédiens hospitalisés retrouvent leurs photos sur internet», s’offusque Zakaria, 38 ans. 
«De quel droit, ces énergumènes s’autorisent-ils à prendre des photos et à les balancer ensuite sur les réseaux sociaux ? C’est une grave atteinte à la vie privée des gens. D’autres n’hésitent pas à partager des images de cadavres. J’ai même vu une fois, la vidéo d’un mort durant sa toilette mortuaire. Il y a trop de dérapages à mon sens. La vie privée et la vie publique se mélangent dangereusement. Il y a aussi un problème d’éthique. Ces actes ne doivent pas rester impunis. Internet est un merveilleux outil à condition qu’il soit utilisé intelligemment.»

Dérapages
Internet peut aussi devenir un outil de vengeance. La malveillance apporte souvent son lot de problèmes. « Pour avoir quitté mon petit ami, il s’est vengé en publiant des photos de moi sur Facebook », raconte Amel, 29 ans. «Ces images assez intimes m’ont valu d’énormes soucis avec ma famille et mon entourage.»
Alors que certains internautes ayant un compte Facebook se contentent de regarder les publications des autres, d’autres ne peuvent s’empêcher de partager chaque minute de leur existence. «Ce qui me choque, commente Hassiba, 43 ans, c’est lorsque je vois ce genre de publications : ‘’ma mère vient juste de rendre l’âme. Priez pour elle.’’ C’est comme si la mort se banalisait de nos jours, sinon comment expliquer qu’on puisse penser à utiliser son téléphone portable pendant un instant pareil ?»
D’autres pensent que les réseaux sociaux nous éloignent des autres au lieu de nous rapprocher. «J’ai plus de 4 000 amis sur internet, mais seulement un dans la réalité. Mon voisin, qui est aussi mon ami d’enfance», nous révèle Karim, 27 ans. 
«Le virtuel accapare le plus clair de mon temps, pourtant en cas de besoin, c’est mon ami en chair et en os que je trouve à mes côtés.»
Mark Zuckerberg, créateur de Facebook, a complètement chamboulé la vie des terriens. A-t-il simplement imaginé que cet outil de communication nous ferait perdre un jour le contrôle de notre vie privée et qu’il nous éloignerait les uns des autres, au lieu de nous rapprocher ?
Soraya Naili

 

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