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Société

Tourisme à Boumerdès Une politique claire et des opérateurs audacieux

Publié par Abachi L.
le 05.04.2021 , 11h00
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«Le tourisme a un avenir radieux dans la wilaya de Boumerdès.» C’est le ministre du Tourisme, de l’Artisanat et du Travail familial, Mohamed Hamidou, qui l’a dit lors de sa visite dans la wilaya, fin octobre 2020.
Effectivement, elle recèle un énorme potentiel. Malheureusement, d’un autre côté, l’éco-tourisme de montagne est quotidiennement massacré par les carrières d’extraction de gravier. De plus, d’énormes difficultés structurelles entravent l’épanouissement de ce secteur très porteur à long terme. En fait, l’enthousiasme du ministre est vite contrarié par l’amère réalité du terrain.
«Toutes les entreprises activant dans le secteur du tourisme sont en vérité en faillite.» La sentence est du président du bureau de Boumerdès de la Fédération nationale des hôteliers algériens (FNHA), Amar Chaouche. Au vu de la réalité, l’allégation n’est nullement excessive. «Depuis mars 2019, nous n’avons plus travaillé», ajoute Youcef, gérant d’une villa de plusieurs chambres dédiées au tourisme.
La situation de ce secteur est effectivement difficile, extrêmement difficile. Au vu de la double crise économique et sanitaire, la situation ne s’arrangera certainement pas à moyen terme. Des centaines de travailleurs sont licenciés. Plus grave, c’est toute la vocation d’une wilaya qui est en suspens et c’est le développement durable de la région qui devient aléatoire.
Accaparées par d’autres soucis, les autorités ne peuvent rien faire, même pas payer les factures des trois hôtels réquisitionnés pour héberger le corps médical chargé de lutter contre la pandémie de Covid-19.
«En fait, la crise du tourisme date d’avant la révolution du Hirak et la pandémie de coronavirus. Ce secteur est d’abord malade de l’imprécision de la politique nationale dans le secteur. D’où sa vulnérabilité grandissante. Nous ne savons pas si l’Algérie a un projet soutenu par une politique de tourisme», nous confie un opérateur. Il y a en outre une partie de la société conservatrice qui n’accepte pas encore un tourisme libéral ; pourtant, ces mêmes familles partent en Tunisie où elles espèrent retrouver leur liberté sociale. À Boumerdès, le tourisme n’est pas encore perçu comme un facteur de développement durable qui assurera la prospérité des familles de la région. Pourtant, on compare les potentialités touristiques à plusieurs puits de pétrole inexploités.
Les pouvoirs publics ne communiquent pas pour convaincre cette partie de la société et rassurer les investisseurs. Que peuvent-ils dire à leurs administrés s’ils n’ont pas d’objectifs clairs à atteindre ? Quant aux hommes politiques de la région, non tenus par des résultats, ils s’en délaissent d’autant qu’ils ne parient pas sur le long terme. Leur souci, des gains financiers immédiats. En fait, le tourisme a enrichi, avec la bénédiction de leurs parrains de la îçaba, quelques anciens walis qui ont charcuté le foncier de la wilaya pour l’offrir à leurs amis. Malgré ces difficultés, il y a des opérateurs qui, courageusement, parient sur l’avenir de la région et investissent.
«Nous faisons de la résistance !» nous lance l’un d’eux. Ils savent que la région a un énorme potentiel. C’est aussi aux citoyens de la région de prendre conscience que leur avenir et celui de leurs enfants est dans le pétrole vert.
Abachi L.

INVESTISSEMENTS ET ENTRAVES BUREAUCRATIQUES
Dellys, 63 milliards d’investissements inexploités depuis 3 ans faute d’un certificat de conformité

Lors de nos discussions avec certains opérateurs de tourisme, ces derniers nous ont fait part d’un véritable phénomène qui bloque le développement de cette filière.
Certains bureaucrates, tapis dans les rouages de l’administration, interprètent, à leur façon, les lois aux opérateurs économiques bien désarmés. En revanche, la conjoncture politique nationale et régionale fait que les hauts responsables exécutifs régionaux, de peur de retrouver leurs noms sur Facebook et autres réseaux sociaux avec des accusations d’abus de pouvoir ou de corruption, se montrent moins fermes dans leurs injonctions quant à la bonne marche de nouveaux projets de développement surtout lorsqu’il s’agit d’investisseurs privés. Un exemple concret à Dellys.
La ville de Dellys, avec son passé millénaire, son urbanité, ses traditions, ses vestiges, ses rivages et sa Casbah qui date, selon des experts, de la période des Phéniciens, ses espaces naturels dont le plateau continental propre et son piémont sain, est une ville de tourisme par excellence. Mais rien n’est encore fait dans ce sens dans cette localité. Elle attendait des hommes qui casseront cette inertie. Une première expérience est un échec.
En effet, deux projets hôteliers lancés dans les années 1990 sont devenus d’affreuses carcasses qui défigurent le visage de la ville. La région a besoin d’investisseurs tenaces. Lazli Mohamed en est un. Il a lancé en 2013, à quelques pas de la plage des Salines, un grand projet, «Ksar El Oumara», comprenant un hôtel de 174 lits avec 2 piscines, 3 restaurants, 3 salles des fêtes, une thalasso et un hammam traditionnel. Coût de l’investissement, 63 milliards.
Le projet est achevé en 2018. Mais il ne peut pas l’exploiter. La bureaucratie s’y oppose. En effet, l’administration locale le fait courir pour lui délivrer un certificat de conformité. Même la Direction du tourisme de la wilaya reste impuissante devant ce blocage injustifié. «Je ne sais plus pourquoi on me bloque. Pour certains responsables, je n’existe même pas. C’est ahurissant ! Pourtant, aucune administration concernée ne s’y oppose», dira amèrement Lazli. Et ce n’est pas le seul cas. Il y a en effet plus grave. Selon des informations qui nous ont été divulguées en aparté, des opérateurs subissent des pressions.
L’un d’eux, basé à Boumerdès-Ville, est harcelé par le biais de la justice. Il a fait face à 10 procès pour des futilités. De plus, certains élus et fonctionnaires de la commune en question ne sont pas totalement étrangers à ce harcèlement. On peut aisément tirer les conclusions quant au but de ces pressions que subit cet hôtelier.
Un hôtel qui ferme, ce sont des emplois perdus et des taxes de nuitées qui n’entrent pas dans les caisses des collectivités locales.
A. L.

Des projets en chantier et une bureaucratie qui prospère
D’après Zelmati Mohamed-Cherif, directeur par intérim de la Direction du tourisme de la wilaya de Boumerdès, la région est en possession de 18 hôtels totalisant 2 649 lits et 15 structures légères (villages ou camps de vacances) comprenant 7 253 lits. À cela s’ajoutent de nombreuses structures de séjour d’environ 2 000 lits appartenant aux organismes publics (Sonagraphe, MDN, Police, SNTF, PTT…).
En dépit de la crise économique aiguë que vit la région et de l’indécision politique au plan national, des opérateurs ont lancé, avant la double crise politique et sanitaire, d’importants projets. Courageusement, ils parient sur l’avenir.
«10 projets sont en cours de réalisation pour 13 525 lits. Il s’agit d’hôtels, de résidences touristiques ou de villages de vacances», affirme l’intérimaire de la Direction du tourisme. Les promoteurs de ces 10 projets n’ont pas attendu que l’État leur accorde des concessions. Ils ont investi sur leurs terres ou en ont fait l’acquisition.
Par ailleurs, 8 concessions ont été consenties par l’État et attendent les constructions. Cela concerne, selon Zelmati, 7 villages touristiques et un parc d’attractions. Seulement, les bénéficiaires se retrouvent dans un cercle vicieux : on leur accorde des concessions de terrain assorties d’une condition, à savoir lancer la construction dans un délai de 6 mois faute de quoi l’attestation de la concession est caduque. Or, tout le monde le sait, un permis de construire n’est jamais obtenu en moins d’une année. Ces investisseurs se retrouvent dans une situation ubuesque.
Il y a lieu de rappeler que la wilaya a identifié 11 ZET (zones d’extension touristique) de 4 732 hectares. Les affectations des terres dans ces ZET n’ont pas échappé aux magouilles de la îçaba locale.
A. L.

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