Voir Tous
Rubrique
Sports

Qualification pour le mondial et tracasseries du stade Tchaker de Blida Un ex-DJS de Blida témoigne !

Publié par Cami B.
le 25.10.2021 , 11h00
13379 lectures

Après avoir détrôné le stade du 5-Juillet, voilà environ une dizaine d’années, et depuis que ses nombreux avantages lui ont permis d’être élu par les joueurs et les techniciens encadrant notre équipe nationale de football, pour recevoir toutes les rencontres qualificatives, soit pour un mondial ou en prévision de joutes africaines, voilà que ce stade et notamment sa pelouse, autrefois glorifiés, font de nouveau jaser, et pour cause… il n’est reconnu que pour jouer une rencontre de football de haut niveau, une pelouse digne d’intérêt est requise. Les coups de gueule de notre sélectionneur national, que beaucoup ont trouvé excessifs, sont à nos yeux très justifiés, car à ce niveau de la responsabilité, il n’y a point de place au bricolage et encore moins aux approximations, d’autant plus que l’aire de jeu en question faisait notre fierté à nous tous, il y a dix années déjà (qualification au Mondial-2010). Il n’est pas normal qu’au lieu d’évoluer, on assiste à une régression inquiétante et le qualificatif «sabotage» ne sera pas excessif.
Pour se faire une idée quant au cheminement qu’a connu cette pelouse et l’engagement de cadres uniquement nationaux pour faire de ce stade un bijou à toute épreuve, nous avons sollicité la contribution de Abdedaïm Belbekri (dit Djamel), pour nous relater les différentes étapes qu’a connues cette pelouse et les moyens consentis pour en faire une aire de jeu digne de tous les stades du monde.

Compte tenu de l’inquiétude créée par l’état de la pelouse du stade Tchaker, à quelques enjambées de la qualification au Mondial-2022, pouvez-vous, en votre qualité d’ex-DJS de la wilaya de Blida et maître de l’ouvrage, nous donner un aperçu sur le travail qui a été réalisé pour refaire totalement la pelouse ?
En 2010, avec la participation de l’EN au Mondial du pays «Arc-en-Ciel», l’Etat avait dégagé des moyens importants pour le football national et surtout pour l’EN. A ce titre, le stade Tchaker, qui souffrait d’une dégradation de plus en plus patente, avait bénéficié d’une autorisation de programme (financement) importante. Le choix de ce stade était tout à fait indiqué non seulement parce que c’était devenu dans la conscience populaire le stade fétiche de l’EN, mais aussi parce qu’il présentait toutes les conditions pour réaliser, à peu de frais et de délais, les travaux et les équipements avec une pelouse aux normes internationales. Les pelouses en gazon naturel ont de tout temps constitué un casse-tête insurmontable dans notre pays parce qu’elles nécessitent notamment des quantités importantes d’eau et surtout une veille permanente et un entretien rigoureux. Certaines, celle du stade de Relizane par exemple ou encore celle du stade Chabou de Annaba, ont été de véritables bijoux, mais n’ont pas résisté à une surexploitation parce qu’elles devaient supporter, et la rencontre bimensuelle de l’équipe locale et les entraînements quotidiens de la semaine. Bien sûr, aucune pelouse ne peut résister à ce régime, et c’est pourquoi, dans la plupart des pays, il y a toujours à proximité du terrain officiel réservé au match et à une petite séance légère la veille, une batterie de 4 à 5 terrains d’entraînement. A Blida, nous avions justement en contrebas du terrain principal deux aires très importantes devenues, au fil du temps, de véritables champs de patates.
Autre avantage et non des moindres, la présence d’une importante nappe phréatique parce que le site du stade était pratiquement le réceptacle naturel des pluies déversées par les piémonts de Chréa. Tout concourait donc, y compris l’existence d’un nombre important de gazonnières dans les environs, à faire de Tchaker le site d’accueil idoine pour l’EN. Le plan de bataille était donc tout indiqué et consistait, malgré la pression des échéances de l’EN, à reprendre complètement les revêtements des trois terrains et assurer, pour permettre leur entretien, une disponibilité permanente en eau à travers le forage d’un puits et la réalisation d’une bâche à eau. C’est ce qui a été fait, avec des résultats qui ont dépassé toutes nos espérances.

Mais la mise en place de crédits importants et un planning de travail ne peuvent expliquer, à eux seuls, la qualité de la pelouse réalisée, surtout sans le recours à des experts étrangers.
Il est vrai que c’est une pelouse entièrement conçue et réalisée par des compétences nationales. Notons qu’à la même période, la FAF avait eu recours à une entreprise portugaise pour les pelouses du centre de l’EN à Sidi-Moussa. Quant à la réponse à votre question, elle a un nom : monsieur Boukaâboub ! Sans ce monsieur, nous serions certainement passés par le recours à une entreprise étrangère spécialisée avec tous les aléas d’une telle démarche. Ingénieur agronome de son état et enseignant bardé de diplômes à l’université de Batna, ce monsieur est un «accro» du gazon qui refusait de penser un seul instant qu’un pays comme le nôtre ne puisse pas réaliser et entretenir des pelouses en gazon naturel pour nos stades. Après bien des recherches infructueuses, nous avons donc rencontré ce monsieur qui, fort de ses convictions et de ses connaissances dans le domaine, a pris à bras-le-corps le problème de la pelouse, sans rien demander en retour. Aussi, je profite de l’occasion qui m’est offerte pour lui rendre un hommage appuyé pour son immense savoir-faire, sa disponibilité et sa modestie à toute épreuve ainsi que sa capacité à mutualiser les efforts de tous les intervenants autour de ce projet. Avant qu’il ne se manifeste, on n’avait même pas pu trouver une entreprise ou un bureau d’études spécialisé pour établir un cahier des charges crédible. Avec lui, parce qu’il avait en tête toutes les étapes à parcourir dans leurs moindres détails, le cahier des charges a été ficelé en une quinzaine de jours. Dans le même temps, après une prospection des entreprises de production de gazon dans les environs, le choix s’est porté sur l’Upev, une entreprise publique à Chebli qui remplissait toutes les conditions. Début janvier 2011, dès l’avis favorable du comité des marchés, les travaux ont commencé sur deux fronts simultanément. à Chebli, on ensemençait sur de longues bandes de plastique remplies d’un substrat composé uniquement de sable et de terreau, un mélange de variétés de graines de gazon minutieusement choisies par Boukaâboub. Parallèlement, sur le site à Blida, les travaux de décapage du terrain ont commencé à grands renforts d’engins. Il fallait, à ce niveau, enlever tout le substrat en terre végétale et descendre jusqu’aux drains pour en vérifier l’efficacité et, au besoin, les renforcer, voire les remplacer. Tout se déroulait selon le planning établi et le troisième chantier, celui du puits et de la bâche à eau, a été lancé un mois plus tard. Bref, sept mois après le lancement des travaux, et l’acquisition d’un matériel performant pour l’entretien de la pelouse, l’EN disposait enfin d’un terrain à la mesure de ses ambitions et entamait l’épopée qui l’a menée au Mondial brésilien.

Après tant d’efforts et une réussite que tout le monde a saluée, pourquoi sommes-nous revenus à cette situation qui a scandalisé, à juste titre, le coach national, les joueurs et bien sûr le public ?
Le gazon est un organisme vivant très fragile qui exige un suivi permanent et une attention rigoureuse. à la moindre alerte, il faut intervenir. M. Boukaâboub, qui avait élu domicile dans les vestiaires du stade pendant toute la durée de l’opération et même au-delà, a eu à gérer deux alertes sérieuses, la première due à un champignon dévastateur et la deuxième à de grosses chaleurs. Son intervention immédiate a permis de circonscrire chaque fois le danger et de le juguler rapidement. à la veille de mon départ à la retraite, un contrat de maintenance avait été établi par l’Opow pour assurer l’intervention à la demande de M. Boukaâboub et surtout à l’approche des échéances de l’EN. Depuis, je sais que ce contrat a expiré et je ne pense pas qu’il ait été renouvelé. La seule explication que je peux avancer, en l’absence d’informations fiables, c’est la canicule et la chaleur intense lors des incendies qui ont frappé le pays qui sont à l’origine de la dégradation rapide de la pelouse. M. Boukaâboub, appelé à la rescousse, a tenté de rattraper, tant bien que mal, les dégâts pour les deux derniers matchs de l’EN, mais il ne pouvait faire de miracle d’autant que, en raison du Covid, il n’y avait plus de graines sur le marché pour repiquer. D’ailleurs, la première action des experts étrangers diligentés à partir du stade d’Oran a été l’importation des graines.
Cami B.

CHRONIQUE
DU JOUR

Les + populaires de la semaine
1

Contribution 11:00 | 07-12-2021

Enseignement post-Covid-19 : les clés du changement

La pandémie de coronavirus, qui a frappé l'humanité au début de 2020, a changé notre monde, affecté tous les domaines de la vie humaine, y compris l'éducation, et conduit, de plus, à l'adoption généralisée de mesures sans précédent. Les établissements

2

Périscoop 11:00 | 05-12-2021

Pas un mot de français

Les organisateurs de la conférence nationale sur la relance de l’industrie ont tout simplement évité l’usage du français. Les documents distribués à l’occasion de l’ouverture