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1er Novembre, un vendredi

Publié par Youcef Merahi
le 30.10.2019 , 11h00
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Parfois, le calendrier fait bien les choses. Comme si le calendrier tombe dans la facétie. Comme si le calendrier s’amuse en ce pays improbable. Comme si le calendrier fauche gentiment l’histoire de cette journée, le vendredi, qui fait sortir les Algériens dans la rue, pour crier leur ras-le-bol d’une Algérie qui n’arrête pas de contrarier son propre destin. Un 1er Novembre qui tombe un vendredi, cela relève de la rotation du temps. Il faut bien qu’il se fixe un vendredi, à moins de sauter cette journée. Du reste, le pouvoir –s’il pouvait — effacerait cette journée du calendrier national. Une journée à biffer jusqu’au 12 décembre, au moins. Après cette date, on décidera. Aucun 1er Novembre ne sera « fêté » comme ce vendredi 1er novembre. Cette commémoration a pris le pli de l’habitude. Dieu sait que le 1er Novembre est ce jour, où des hommes (ils étaient un groupe de rêveurs invétérés) ont pris la décision historique de reprendre par les armes ce qui a été pris par les armes. Jeter un regard vers ce repère historique renseigne sur le sacrifice suprême de ces martyrs de la cause suprême. Il faut sans cesse se rappeler de ce sacrifice. Qu’a-t-on fait de ce sacrifice ? Un élément de légitimation ! Qui nous a menés vers une impasse, pour laquelle il est difficile de prévoir une issue heureuse. Commémorer le 1er Novembre un vendredi par les temps qui nous angoissent relève, tout de même, d’un pied-de-nez à toutes les tentatives d’étouffer le Hirak. Il sera grandiose ce vendredi. Une révolution qui verse son symbole dans une autre révolution. Je n’exagère pas, du tout. C’est ainsi que je vois la chose. Alger sera-t-elle fermée encore ce vendredi ? Je ne sais pas. En revanche, je sais qu’il serait intelligent de laisser les Algériens rallier leur capitale pour reprendre le flambeau du 1er Novembre.
Tout le monde se souvient de cette célèbre phrase : « Alger est La Mecque des révolutionnaires ». Qu’est devenue Alger aujourd’hui ? Une ville repère ? Une ville symbole ? Une ville vieillie ? Une ville sans âme ? Ils sont partis où tous les révolutionnaires de cette période des illusions ? Le concept de révolution a-t-il encore un sens aujourd’hui ? Que s’est-il passé depuis ? Des révolutions ont coulé sous le pont de l’oued El-Harrach. Depuis 1962, il y a eu tellement de révolutions que je ne les compte plus. Tellement de révolutions que le mot a perdu totalement sa signification. On nous a fourgué une révolution agraire qui a fait de nos fellahs des salariés à la petite saison. On nous a vendu une révolution industrielle, dont les usines n’ont fait que produire de l’importation. En tout état de cause, une industrie qui n’a pas industrialisé le pays. On nous a offert une révolution culturelle, qui n’a de culture que l’appellation. Une révolution culturelle qui a fait de nous ce que nous ne sommes pas. Qui a fait de ce peuple un peuple qui ne chante plus son pays. Peut-on dire que l’Algérie est le pays des révolutions ? Cette question n’a aucun sens. Ni aucune perspective. Elle ne fait que remuer le couteau dans la plaie. La seule révolution réussie, depuis 1962, c’est celle qui a consisté à couler le pays. C’est tout ce que nos gouvernants ont réussi à faire, chacun en ce qui le concerne. Ils ne sont pas allés de main morte. Et maintenant ?
Maintenant, il y a 22 postulants à la magistrature suprême. Vingt-deux, nous dit on. Après le tamis, il en restera combien ? Ils sont 22 à vouloir continuer dans la continuité, au mépris d’un paquet de mois de contestation populaire. Est-on sourd à ce point ? Est-on aveugle à ce point ? Hamrouche, le plus averti d’entre eux, lui qui connaît la maison, lui qui connaît les raccourcis du pouvoir, lui l’enfant du système, n’a pas hésité à dire la vérité : même élu, le Président aura les pieds et les mains liés. Je traduis, j’espère ne pas me tromper. Comment Tebboune, ou un autre, je cite un nom comme ça pour l’exemple, fera-t-il pour avoir toute la latitude d’un Président, dans l’état actuel des choses. A supposer que les élections aient lieu, ce dont je doute fort. Puis, dans tout ça, j’admire la sérénité de monsieur élection nationale qui, sans sourciller, affirme, à qui veut l’entendre, que ces élections se feront dans une transparence totale. Sincèrement, j’admire son aplomb. Et, si par la force de ce Hirak, les élections n’ont pas lieu ? Que se passera-t-il après ? Va-t-on reconduire l’actuel Président intérimaire ? Va-t-on inventer une présidence qui n’existera qu’en Algérie ? Et, si par contre, pour une fois, on écoutait ce peuple ! Si, pour une fois, dans un souci de pédagogie politique saine, on passait le témoin à cette jeunesse, dont les rêves pour ce pays sont en phase avec le présent du monde ! Et, dans un souci de patriotisme, les 22 (ou ceux qui resteront) se retiraient d’eux-mêmes, l’histoire de ce pays fera un pas en avant, dans le sens de son redressement et de son sauvetage.
En ce 29 octobre, Kateb Yacine, le trublion, le révolutionnaire, le rêveur impénitent, l’iconoclaste, le passionné de l’Algérie, revient signifier à Nedjma que rien n’est perdu ; tout est possible, au pays de Massinissa. Ce n’est pas seulement l’immense écrivain qui me revient en mémoire, c’est surtout l’incroyable, le gigantesque Algérien qu’il était. Kateb Yacine était l’Algérien géant, difficile à retrouver, sinon des générations après d’autres. Je garde jalousement, dans ma mémoire carnivore, une image de Kateb Yacine. Nous étions dans les années 1980, à Tizi-Ouzou. Cheikh El Imam et Fouad Negm chantaient à la Maison de la culture. Nous étions une poignée dans la salle, à écouter cette voix venue d’une Égypte nassérienne. Kateb était au milieu de la salle, avec sa fameuse veste rouge, à carreaux. Pris par l’ampleur de la voix du chanteur, surtout de la magie révolutionnaire du poème, Kateb se leva et commença à fustiger la politique de Nasser. Deux policiers ont encadré rapidement cette voix de la conscience profonde de l’Algérie, pour l’évacuer de la salle. Je me souviens qu’après, le chant d’El Imam a pris, dans ma tête impuissante, la couleur d’un vacarme sans nom. Je n’arrive pas à oublier cette image. Je ne peux pas l’oublier. Kateb Yacine devait être intouchable ; il le devait ! Mais, c’est sans compter sur l’inaptitude du régime, de l’époque, d’accepter dans le corps social des Algériens de la trempe de ce génie.
Y. M.

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