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C’est plus pire(2)

Publié par Youcef Merahi
le 11.08.2021 , 11h00
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Ce matin-là, je suis sorti faire ma marche. Comme d’habitude, j’allais déambuler dans les ruelles de la vieille ville de Tizi. Comme il n’y a pas grand monde, je me suis dit que la probabilité d’être contaminé est nulle. Si je sors marcher, c’est pour évacuer, vider la tête et transpirer un peu. Alors qu’en vrai, je n’évacue rien. Je ne fais que ruminer d’anciens machins qui encombrent mon cerveau. Puis, il m’arrive de parler tout seul. Oui, je parle tout seul. Je parle à moi-même. Ça ne vous arrive pas ? Moi, je le fais souvent. Dès que je suis seul, je me prends comme interlocuteur. Et je discutaille avec moi. Dire que mon toubib me recommande de marcher pour ma santé. Désolé, c’est beaucoup plus une marche où, malheureusement, tous les nœuds du cerveau tentent de se libérer. J’ai vu une vieille dame hocher la tête, en m’entendant parler tout seul. Je n’en ai cure ! Je marche, non je traîne mes guiboles, tout en persistant dans mon soliloque. J’ai besoin de cette thérapie. Ah, j’ai failli oublier, je mets deux masques, au lieu d’un. Oui, c’est un double barrage contre ce mutant. Je respire mal, mais j’ai l’impression d’être mieux protégé ; ça suffit à me soulager. 
Ce matin-là, je suis sorti de la maison, décidé à garder le moral au beau fixe. Oui, je me suis dit que rien ne pourrait falsifier ma bonne humeur. Ni mes migraines récurrentes et tout le tralala qui l’accompagne. Ni les mauvaises nouvelles des journaux. Même si la vieille ville est vieille et ses ruelles poussiéreuses, même si l’espace vital est réduit à son maximum, même si des masques traînent avec des sacs en plastique, le bonjour est là, prompt à se déclarer sur les lèvres. Ihi, je garde mordicus le moral au beau fixe. Il fait chaud. Et alors ? C’est la saison. L’autre, là, n’a pas mis son masque. Et alors ? Il est majeur ; il prend ses responsabilités. Perso, j’ai mis deux masques ; j’ai doublé mes chances d’éviter le pire. Et l’autre lave son auto avec l’eau du robinet ? Avec quoi voulez-vous qu’il lave son tacot ? Avec l’eau de Zemzem ! La facture n’en sera que plus salée. Walou, j’ai décidé de garder mon moral. J’en ai marre de pleurnicher pour un rien. Que la terre s’arrête de tourner, je garde le cap. Que le ciel menace de tomber sur nos têtes, je garde mon moral. Puis qu’il tombe une bonne fois pour toutes. L’être social a tout fait pour que notre planète nous pète entre les mains. En attendant, il veut coloniser l’espace, pour y foutre la pagaille. Comme ça, je déambule dans les ruelles de ma vieille ville ; il n’y a pas grand monde. Je rencontre une ou deux personnes qui s’empressent de rentrer chez elles, imperceptibles comme des ombres. Je n’ai jamais vu d’aussi près la vieille ville que depuis que ce fichu virus a mis dans nos artères la peur panique. 
L’homme est décidément fou ; il érige des laboratoires où il crée des choses, comme ce virus, pour ensuite lui échapper et mettre le monde entier en danger de mort. J’ai ouï dire que ce virus est chinois. Les Chinois disent que ce n’est pas un fait exprès. Où se trouve la solution ? Les Chinois ont les moyens de lutter contre cette épidémie. La preuve, c’est qu’ils ont réussi à l’endiguer. Mais comment doivent  faire les pays faibles ? Boukistiou, n’est-ce pas ? C’est simple, les pays faibles payent les pots cassés rubis sur l’ongle. Puis, nous nous vaccinons avec le vaccin chinois. Il y a de quoi piquer un fou rire, si la situation n’était pas tragique. Je crée la maladie, puis je te fourgue l’antidote. Je vous disais que l’homme est fou. Qu’est-ce que ces pays puissants vont-ils nous créer pour mieux compliquer l’existence à l’homme ? Un autre virus ? Une autre guerre mondiale ? Des armes bactériologiques ? Des robots qui prendront le pouvoir sur l’être humain ? Je n’aime pas ce monde à la Spielberg ; je ne l’aime pas du tout. C’est ce qui se triture dans ma p’tite tête. Tant pis, je tiens mordicus à rester zen, au moins pour une journée. Je trouve la vieille ville plus belle que jamais. J’ai l’impression de retomber en adolescence quand, à peine éveillé à la vie, je quêtais un brin d’amitié et une once d’amour. 
Dans mon euphorie, je ne vois plus la poussière des ruelles, ni les sachets, ni les masques, ni autres détritus jetés ici sans raison. Juste un geste culturel ! Je ne vois rien de tout cela. Je veux être totalement à une journée belle de sa beauté naturelle. Je rassure tout le monde, je suis sobre. Je n’ai consommé aucune substance illicite. Je suis clean, comme on dit. À moins que mon cerveau n’ait généré une hormone inconnue des scientifiques. Je poserai la question à mon toubib ; il est versé sur les questions liées au cerveau. Tiens, cette maison, je la connais depuis des lustres ; un ami d’enfance y habitait du temps où nous usions nos fonds de culotte à l’école indigène de la ville. Je me rends compte que je ne l’ai pas vu depuis un bail. Que devient-il ? Je me suis mis face à la porte d’entrée de cette maison où j’ai bu le lait de l’amitié ; c’est la même porte depuis toujours. Je refuse de me laisser à la nostalgie ; celle-ci mine le moral. Cet ami, je le reverrai un jour, me dis-je. 
Après une heure d’errance, je rebrousse chemin ; je rentre chez moi ; je ne veux pas risquer de perdre ma bonne humeur. Puis, il fait plus frais à la maison. Chez moi, je m’installe, prend le téléphone et me met sur Facebook. Ya latif, il n’y a que des avis de faire-part de décès. Je suis choqué. Au secours, il y a un manque d’oxygène. Je suis sidéré. Je ne sais pas quoi faire. Continuer ma tournée sur Facebook ou m’arrêter. Les malades meurent par suffocation. Je n’arrive pas à croire à cette réalité. Je suis dans le déni. Puis j’ai décidé de rester zen, aujourd’hui. Mais il y a une réalité macabre qui nous encercle. Que font les autorités sanitaires ? 
Demander pardon ? Quand on demande pardon, c’est qu’on a fauté. Maintenant que vous savez, faites quelque chose. Je reçois une info par sms. Un ami de plus de cinquante ans est en réanimation. Comment est-ce possible ? Son état est aléatoire. Je regarde autour de moi ; j’ai l’impression que les murs tournent. Je prends un verre d’eau. Ça ne calme pas ma rage. Il me faut boire du kérosène pour décoller une bonne fois  pour toutes. Comment rester zen, ne serait-ce qu’une journée, dans ce pays ? Je n’arrive pas à trouver une chute à mon texte. Désolé, je suis dans une colère noire…
Y. M.

P. S. : l’ami Nonor Ousmer est parti pour un monde meilleur. Condoléances à sa famille. 

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