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Dire l’indicible

Publié par Youcef Merahi
le 18.08.2021 , 11h00
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Le virus Delta est toujours là, présent, pesant, inquiétant et mortel. Des nouvelles nous parviennent au quotidien. On ne réfléchit plus. On subit. On accuse le coup. On baisse la tête sous la douleur. RIP. Sincères condoléances. Ça sort comme ça, automatiquement. Car on ne sait pas quoi dire. On est impuissant. On est triste. On est malheureux. Mais que faire ? Comment dire l’indicible avec des mots ? Puis, il arrive un moment où l’on ne dit plus rien. On essaie de se blinder. Mais rien n’y fait. C’est du domaine de l’impossible. Une fois seul, la mémoire se déclenche d’elle-même. Et on retombe dans la tristesse. Parfois, la colère. L’impuissance, tout le temps. 
Les mots n’ont plus de sens. Il ne sert à rien de dire. Mais dire quoi ? Pourquoi ? Pour falsifier la mort ? Faut-il pour cela utiliser des euphémismes, comme je le fais souvent ? Il y a trop de questions sans réponses. Dois-je prendre un dictionnaire pour chercher un espace de sens ? Je sais que je ne pourrai pas matérialiser mes mots. Ceux-ci ont l’air inutiles. Alors bras ballants, je suis le mouvement, comme tout le monde. Comme tout le monde, je répète des euphémismes ; du genre, « il nous a quittés ». Ça n’a aucun sens. Je le sais au fond de moi. 
La Covid a frappé fort, très fort. Les hôpitaux étaient surchargés. Les personnels de la santé débordés. La solidarité commençait à se mettre en place. Puis vinrent les incendies ! D’une manière soudaine, les forêts de la Kabylie se sont mises à brûler. Le front des incendies étaient trop vaste pour les soldats du feu. La population, comme d’habitude, se mobilise avec des moyens dérisoires. On ne lutte pas contre un incendie, qui est dans son élément, avec des pelles. L’armée intervient. Mais toujours sans moyens. 
Ce qu’il faut savoir, c’est que la Kabylie est un terrain favorable. Tout est forestier. Le terrain est souvent imprenable. Il faut ajouter à cela la canicule, la force du vent et l’essence des arbres, souvent des oliviers qui flambent comme une torche. Plus important encore, nos villages sont bâtis au milieu des arbres. Tout ceci permet au feu de faire son sale boulot. D’un coup, d’un seul, la Haute-Kabylie s’est mise à brûler. Il y eut des pertes humaines considérables au niveau de presque tous les villages. Tragique, c’est le seul mot que j’ai trouvé pour signifier mon impuissance et ma colère. Car les moyens de lutte classiques ne pouvaient pas suffire à circonscrire de pareils feux. Il aurait fallu disposer d’autres moyens autrement plus modernes, comme lutter contre ces incendies par la voie des airs. Or, nous ne disposons pas de ce matériel, ce qui est dommage. 
Ceux qui pérorent sur la toile doivent connaître la réalité du terrain. Il aurait fallu pour eux de se trouver dans n’importe quel village de Tizi-Ouzou pour pouvoir apprécier la situation. Il se trouve parmi ces « braves » de la toile des plumes connues, des intellectuels… J’ai été outré de lire certains commentaires. Ces gens-là auraient pu nous faire l’économie de leur bave. Et laisser les jeunes villageois affronter le feu, poitrine découverte. Je ne veux pas leur faire plus de publicité ; je les laisse à leur conscience troublée. Aller jusqu’à appliquer à une région d’Algérie la théorie « suprématiste », c’est perdre totalement sa raison. Justement, c’est dans ces moments-là qu’il faut avoir toute sa lucidité.
Un drame a eu lieu en terre d’Algérie. Comment a-t-il pu avoir lieu ? Pourquoi ? Ces journées de malheur ont-elles généré un pareil geste ? Y a-t-il derrière ce crime des mains subversives ? C’est à souhaiter que de pareilles situations ne se renouvellent plus. Il faut travailler dans ce sens. Mais d’abord il faut que les services compétents dénouent les fils de ce drame inhumain. Il faut également que les spécialistes en la matière, sociologues, psychologues, psychiatres, et autres, doivent se pencher sur cette folie. À partir de là, les esprits sauront les tenants et les aboutissants de l’affaire.
Il ne faut surtout pas faire comme certains internautes qui sont allés de leur théorie fumeuse. Comme si ces gens-là étaient présents au moment des faits ; ils n’utilisent pas le conditionnel ; non, ils affirment et signent des deux mains. Une enquête est lancée par la justice. Fasse Dieu qu’elle fasse toute  la lumière sur  cette mort tragique. Je voudrais mettre en exergue l’entière sagesse du père de la victime, comme quoi il ne faut jamais désespérer de son prochain. 
L’Algérien est spécialiste en tout. Elle est terrible cette propension à se montrer plus toubib qu’un toubib, plus pompier qu’un pompier, plus mécanicien qu’un mécanicien, plus virologue qu’un virologue. La liste est longue ! Depuis que les canadairs sont entrés en jeu, il se trouve des spécialistes de la lutte anti-incendie. Selon ces spécialistes (!), ces fabuleux engins volants ne servent pas à grand-chose dès lors qu’il s’agit de feux dans des endroits montagneux. Waouh, rien que ça ! Ihi, ils sont là pour faire du tourisme. Ou pour juste pomper l’eau de la Méditerranée. Comme si la Grèce était le « plat pays ». J’ai même vu un internaute dérouler pratiquement son CV, comme s’il allait à un entretien d’embauche. Taisez-vous Messieurs, laissez les vrais spécialistes faire leur job ! Puis, occupez-vous de vos oignons !
Je vous ai dit que les mots n’ont plus aucun sens dans un pays en proie à ses démons, à ses vertiges et à ses angoisses. La toile s’est transformée en défouloir. Chacun y va de son mot. Sauf que ce mot n’est pas responsabilisé. Il participe, dès lors, à rajouter du carburant au feu. On dit souvent qu’il faut tourner sa langue dix fois avant de dire un mot. Belle sagesse de l’Ancêtre ! Sagesse perdue par notre génération. Ihi, je demande à ces internautes de tourner vingt fois le doigt avant de former le mot sur le clavier. Surtout avant de poster le texte. Relisez-vous messieurs, allez au fond des choses, ne regrettez pas vos dires. Le mot doit déterminer la raison. Rien d’autre ! 
Comme je l’ai déjà dit plus haut, les mots n’ont plus aucun sens quand la raison déserte les esprits. Or, je constate que ceux qui devaient avoir de l’esprit ont perdu la raison dans ce cas d’espèce. Néanmoins, je m’aiderai de mots pour tenter un semblant de conclusion. Un ami, merci Lou, m’a envoyé cette citation que je trouve opportune ; je vous la propose de suite : « Les réseaux sociaux ont donné le droit à la parole à des légions d’imbéciles qui avant ne parlaient qu’au bar et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite. Aujourd’hui, ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. » (Umberto Ecco).
Y. M.

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