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Engagement et nostalgie

Publié par Youcef Merahi
le 08.09.2021 , 11h00
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Par ces temps de confinement obligatoire, pour éviter de se faire prendre ce virus qui affole les spécialistes mondiaux, la lecture est la panacée, pour éviter de faire le pied de grue face à l’horloge du salon (comme dans la chanson de Brel). J’ai pris deux livres de deux auteurs de Tizi, deux ami(e)s pourrai-je dire ; le premier, Mahmoud Boudarene, et, la deuxième, Fazia Saheb. Les deux n’étaient pas destinés, me semble-t-il, à tenter l’aventure de l’écriture ; pourtant, les vicissitudes de la vie que, des fois, on ne choisit pas sa fortune. Bien sûr, dans les deux cas d’espèce, l’acte d’écrire est volontaire. Nul ne leur a tapé sur les doigts, les obligeant à verser dans la lutte des mots. Et je peux dire qu’ils ont bien fait de s’être livré(e)s à cet exercice, ô combien périlleux !
Pour le présenter brièvement, Mahmoud Boudarene est psychiatre de profession. Il travaille sur Tizi. Il a été député dans une des législatures algériennes. (), sous les couleurs du RCD. Tizi-Ouzou n’est plus à présenter ; elle est au centre du vertige national et des contradictions politiques des uns et des autres. Je ne sais plus qui a dit «quand Tizi s’enrhume, c’est tout le pays qui tousse». Cet auteur s’est engagé politiquement, socialement, culturellement… Il est connu sur la place de la ville. Et ailleurs. Mieux encore, à un moment donné, il était décidé à s’engager dans la lutte pour la magistrature suprême. Une boutade, de sa part ? Je l’ai entendu me dire qu’il était partant. Sauf que les choses étant ce qu’elles sont, notre psychiatre a dû revoir sa décision. 
Mahmoud Boudarene est venu tardivement à la toile, subodorant sûrement le côté double tranchant de ce moyen de communication, vorace et impitoyable. Il gérait gentiment un blog ; ça fait plus intello ! Puis, il a compris que FB est un moyen sensationnel pour porter loin, instantanément, sans filtre aucun, le message que l’on voudrait passer. Il a pris sur lui, comme un défi, compte tenu du vertige national dont je parlais tout à l’heure, de rédiger un billet (on peut l’appeler chronique) au quotidien. Sacré boulot ! Sachant qu’il a un cabinet médical à gérer. 
C’est l’engagement d’un montagnard, dans le sens authentique du terme ; on ne revient pas sur une parole donnée. Il a tenu sa promesse. Chaque jour, il intervient sur la toile sur tous les sujets de l’heure. Du 18 mars 2016 au 14 décembre 2019, il n’a eu de cesse d’interroger, d’interpeller, de raisonner, de proposer, de critiquer, d’appeler, en tenant la distance avec pugnacité, les politiques, la société civile (si elle existe quelque part), les partis politiques, les citoyens, à redéfinir le rôle social de l’Algérien, à avoir la vision citoyenne du pays,  à déclarer son patriotisme (je ne dis pas nationalisme) au moment idoine, à s’engager pour l’instauration d’une «démocratie majeure», à revendiquer les droits élémentaires, à réinventer l’Algérie (pourquoi pas ?) Il est vrai qu’il n’y a ni chiffres ni statistiques ; mais malgré cela, le docteur Boudarene a réussi à toucher du doigt les maux de notre société, avec énormément de perspicacité, d’autonomie, d’authenticité, d’humour des fois, mais, toujours dans le bon sens du regard et du cœur. Il assume tout. Laissons-le dire : «J’ai assumé mes écrits et accepté les commentaires, qu’ils soient indulgents ou critiques, comme le viatique habituel des personnes qui s’engagent dans l’action militante, civique ou politique.» (Page 13).
La nostalgie est cet état psychologique d’un être social qui, négligeant son présent, entame un voyage retour vers son passé, comme un pèlerinage sacré. De ce fait, il est écartelé entre un présent qui le rebute et un passé qu’il magnifie, au point d’en faire un éden sur terre. Puis, chaque être social dispose de cette propension à enjoliver son passé, à un point inimaginable. La locution «de mon temps» est le sésame utilisé par le nostalgique pour épater plus jeune que soi. Dans cet ordre d’idées, chaque génération falsifie son présent pour faire d’hier le summum de la belle vie, à tout point de vue. Perso, je n’ai pas encore retrouvé le goût des plats préparés par ma grand-mère. Puis, ma génération magnifie les années 70, comme si ces années-là furent un eldorado. 
De ce point de vue-là, Fazia Saheb est allée dans un beau livre réveiller le passé d’une partie de sa ville natale, la dechra. La dechra que je connais très bien, puisque j’y suis né, j’y ai grandi, j’y ai vécu et j’y vis encore. Dans son ouvrage, Entre… je vais te conter la Dechra de ma grand-mère, Éd. Imal, 2021, Fazia Saheb nous renvoie vers un passé proche et lointain, en même temps. Un passé proche, parce que dans ses souvenirs, c’est comme si cela datait d’hier ; un passé lointain, parce qu’il est passé plus d’un demi-siècle de temps. C’est quoi la Dechra ? C’est tout simple ! Il s’agit de ce qui est communément appelé «La haute ville», ou le quartier autochtone par rapport au centre-ville, appelé aussi «el bilaj», occupé par les Européens. 
Avec plein de photos de vues, d’objets d’hier, de portraits de personnalités, notamment musicales, des jeux de notre enfance que les enfants d’aujourd’hui ne connaissent pas, Fazia Saheb nous incite à un pèlerinage dans un temps épique, celui de l’enfance et de l’adolescence. Je m’en vais vous citer quelques exemples. Fazia Saheb se rappelle de la première boulangerie de la Dechra, celle des Mesbahi, mais il y a également celle de Meziane Haffaf, sise à la rue de la Paix. Comme elle se rappelle du «boukraj» pour prendre le lait, le matin ou l’après-midi au centre de la cour, ou «hara». Il y a également la «kesdira» pour acheter le lait de vache chez l’auguste crémerie des Ahrès, aujourd’hui transformée en grande boucherie. C’est vrai, le lait maintenant est vendu emballé. Comme elle se rappelle des musiciens de la ville, comme l’inénarrable Mouh Ali Mouh, Amar Dris, Brahim et Rachid Mesbahi, deux frères, comme Hacène El Abassi, comme Aouhid Youcef qui, dans les années soixante, a fait un tabac avec sa chanson «A madame serbi lataye», admirablement reprise par le regretté Djamel Allem. Et d’autres, bien sûr. Comme elle se rappelle des enseignants de la ville de Tizi, le célébrissime Cheikh Saheb, le père de l’auteur, Cheikh Frik et sa légende, Cheikh Chouaki, avec sa tenue traditionnelle et chéchia rouge, le matheux. Franchement, j’ai eu du  plaisir à me retremper dans cette ambiance qui, il faut le dire, était heureuse et insouciante. La Dechra est une addition de quartiers cités dans l’ouvrage de Fazia Saheb qui, je lui dis bravo, a eu l’heureuse idée de nous concocter ce lot de souvenirs.
Y. M.

 

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