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Le chroniqueur, la chronique et le micro

Publié par Youcef Merahi
le 13.10.2021 , 11h00
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Je me suis souvent entendu dire par mon fils que j’étais dépassé par le temps technologique. Je me suis particulièrement défendu contre cette vérité. Je l’ai fait par orgueil et amour-propre. J’ai plusieurs exemples, en ce sens. Je ne sais pas programmer l’autoradio de ma tire. Comme je ne sais pas régler mon portable avec le Bluetooth de ma « coréenne ». Enfin, il y a beaucoup de choses, comme ça, que je n’arrive pas à assimiler. Je pense que c’est plus par rejet que par ignorance. Quelque part, je suis un peu contre ce progrès qui nous mène par le bout du nez, sans que l’on sache où ça va aboutir. Encore une fois, je ne veux pas de vos exoplanètes, ni de vos robots presque humains. 
Sauf que cette fois-ci, j’ai dû entendre un couffin de quolibets de la part de mon enfant. Ouais, avant-hier, je me suis mis à rédiger ma chronique sur le micro. Ah, la merveilleuse machine ! J’étais frais et dispos. Et les idées bien en place. Qui sortaient à une allure sportive. J’étais content de moi, ce qui est généralement rare. Mais cette fois, ce fut le cas. Je maîtrisais mon sujet. Je le dominais. Pour une fois, je vais être en avance sur la remise du papelard. Bref, je roulais presque des mécaniques. 
Voilà, il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Et il ne faut pas dire que le travail est fini avant de l’avoir achevé. L’anticipation n’a pas lieu d’être. Il faut juste être dans les temps et dans les cordes. C’est du moins ce que je pensais. Bien, j’ai mis un point final à mon texte. Il ne me restait qu’à le relire. Et corriger, s’il le faut. Ou retirer quelques scories. Mais le micro, ma machine, a fait des siennes. Ou plutôt j’ai dû faire une bêtise. J’ai dû toucher un bouton malencontreusement. Et hop, j’avais devant moi un écran noir. Quel bouton ai-je touché ? Je n’en sais rien. Il n’y a que des boutons sur un micro. Pourtant, je fais attention lors de la manipulation. 
Je vais incriminer la scoumoune. Le mauvais œil. La malchance. Tous ces subterfuges pour camoufler une bévue. Une erreur. Une maladresse. Que dois-je faire ? Réparer la faute ? Je ne sais pas par quoi entamer mes recherches. Je suis nul en informatique. Je suis de l’autre monde ; il l’a dit « l’autre ». À part la saisie, je ne sais rien faire d’autre avec le micro. Je l’avoue humblement. Aujourd’hui, je regrette ma machine à écrire « Jappy » ; elle était belle dans sa valisette. Je l’emmenais partout. Je savais changer le ruban. Je savais la démonter. La nettoyer. C’était de la mécanique simple. Je suis comme ce vieux mécano qui ne sait pas comment faire avec ces nouvelles bagnoles aux mille gadgets. Avec ma « Jappy », je n’aurais jamais perdu ma chronique dans les méandres électroniques de ce micro. 
Je vais encore avoir droit à mon couffin de quolibets. Que faire ? C’est pour la bonne cause. Si j’arrive à retrouver mon texte, je suis prêt à me déclarer, en signant des deux mains, être un dinosaure. Aussi, je fais appel à mon fiston. Je me fais tout miel au téléphone. Je lui explique la chose. Et le voilà parti dans un flot de je ne sais quoi comme fleur de toutes les couleurs. Je suis même une vieille charrette, maintenant. C’est dire ! Bref, on ne retrouve pas le texte ; il ne me reste qu’à le refaire. Pas aujourd’hui, demain peut-être.
Sinon, Macron a mis ses gros sabots dans notre plat de couscous. C’est vrai qu’il n’aurait pas dû ; mais il faut comprendre qu’il agit dans l’intérêt de son pays et du sien propre. Puis c’est de bonne guerre. Il est dans son rôle, même s’il bouscule la diplomatie. Le colonialisme est venu civiliser les sauvages que nous étions, comme il a bâti une nation qu’il a appelée « Algérie ». On m’aurait dit une pareille ineptie, je n’aurais pas réagi, car le colonialisme, c’est tout, sauf apporter un quelconque bienfait au pays conquis. À l’échelle d’une nation, il faut que notre diplomatie réagisse. Il faut comprendre aussi que Macron veut un second mandat ; dès lors, il gratte autant qu’il peut à la droite de sa droite, quitte à rajouter de l’eau au moulin de Marine Le Pen, et, désormais, d’Eric Zemmour. Ce sont des risques calculés pour lui. Ses conseillers lui ont tracé la feuille de route. Je voulais juste dire à Macron que le couscous est à nous ; les Français ont beau le « royaliser », il demeure un couscous algérien. Puis on peut leur laisser la merguez ; ils peuvent s’empiffrer avec. 
Ce que je n’ai pas compris, ce que les nôtres ont tout fait pour se justifier. Et justifier de la nation algérienne. Pourquoi diable faire tout cela ? Avons-nous des doutes ? Faut-il exhiber des documents pour cela ? Faut-il remonter si loin ? Au point où notre ministre des Affaires étrangères se recueille sur la tombe de Jughurta. Commençons, d’abord, par nous remémorer Massinissa ou Syphax. Puis y a-t-il une rue Jughurta en Algérie ? Elle existe à Guelma une petite ruelle du nom de ce héros. Je veux dire à Alger. Y a-t-il une rue ou une institution du nom de Massinissa ? Non, je ne vois pas. Je n’ai pas connaissance, en tout état de cause, de cela. Monsieur le Ministre, de grâce, ne réagissons pas, agissons ! Soyons nous-mêmes chez nous ; l’autre nous reconnaîtra en tant que tel. 
Et voilà que sort d’une pochette surprise un loustic du nom d’Eric Zemmour. Il risque d’être président de la République française, tout comme son alter ego, Marine Le Pen. Les médias français leur déroulent le tapis rouge. Grand bien leur fasse, c’est leur cuisine. Si les électeurs français veulent un gouvernement néo-vichyste, tant mieux pour eux. Avons-nous les moyens d’influer sur ce vote ? Je pense que non. Ihi, laissons Zemmour (tiens, tiens, la signification de ce nom me dit quelque chose) déblatérer à longueur de plateaux. Perso, il ne me fait ni chaud ni froid. Parce que si à chaque fois je dois me justifier, je passerai mes journées à ne faire que cela. Puis, le père Le Pen n’a jamais pu prendre l’Élysée. Il s’agit pour nous Algériens de nous réapproprier notre histoire, en commençant  par le commencement, sans gommer aucune partie de cette trajectoire de notre existence.   
En attendant que Macron réalise son rêve, que Zemmour applique sa politique absolutiste dans l’identité française, ou qu’il se transforme comme la grenouille d’une certaine fable, personnellement, je cherche une âme charitable possédant une machine à écrire, de marque Jappy si possible, pour me l’offrir ou me la céder à un prix raisonnable, de manière à ne plus avoir à perdre mon texte dans les méandres du progrès d’un micro, et de n’avoir plus à refaire une chronique pareille. 
Y. M.

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