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Tendances

Un Sila en appelle un autre

Publié par Youcef Merahi
le 06.11.2019 , 11h00
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Un Sila en appelle un autre : c’est comme ça que je vois la chose. Comme un remake, c’est une impression de déjà vu. Non, je ne fais pas la fine bouche. Je précise, tout de suite, que ce salon est le seul événement qui se tient, en ce moment ; même si certains auraient voulu qu’il soit boycotté, en soutien au Hirak. Bon, chacun se fera son idée. Personnellement, je pense qu’il est un espace de liberté. Il n’y a qu’à voir la teneur des livres en vente. 
Sauf que les mêmes situations d’inconfort reviennent chaque année. Se taper la route Tizi-Alger est déjà un exploit en soi. Un véritable exploit ! Les bouchons sont créés par les nombreux barrages de gendarmerie. Se mettre pare-choc contre pare-choc, aller en première vitesse, faire attention aux conducteurs qui veulent aller plus vite que la montre, regarder de près les ornières et autres nids d’éléphants, se boucher les oreilles pour ne pas entendre le vacarme des klaxons ; enfin, le barrage se rapproche ; il n’y a pas de gendarme, ou peu, pour l’ampleur du bouchon ; on dépasse le goulot d’étranglement ; et, hop, les pédales d’accélérateur au plancher, nous essayons tous de rattraper le temps perdu, inutilement. Et vas-y que je te double, par la droite, par la gauche ; attention aux queues de poisson. Le code de la route est une simple vue de l’esprit. Du gros camion aux plus petits tacots, on fonce à vive allure. Les plaques de limitation de vitesse sont placées juste pour le décor. 
Quelques kilomètres plus loin, on rebelote. On ronge son frein, c’est une façon de le dire. On s’accroche au volant désespérément. Il est surtout inutile de fixer une heure d’arrivée. Pour l’heure de départ, il n’y a pas de problème ; c’est connu. On reprend la vitesse. C’est à qui passera le premier. Il faut avoir des yeux, partout. Devant. Derrière. Sur les côtés. Le clignotant ? Inutile, c’est une option en Algérie. Le klaxon, on aime ça. On passe nos nerfs sur ce pauvre klaxon. Le Sila est encore loin. Qui ? Yasmina Khadra ? Non, il n’y sera pas. Alors, pourquoi se presser ? Et les autres ? Qui ? Les autres écrivains ? Pas de souci. Le Sila dure une semaine. Ça va ! On a le temps de faire le tour des stands. Et Sansal, y
sera-t-il ? Tu penses ! Tu veux sa dédicace ? Il faut attendre le salon de Frankfurt. Ou celui de Paris. Par contre,  j’aimerais bien rencontrer Malika Mokeddem. J’ai aimé ses romans. Surtout La transe des insoumis. Je ne le pense pas. Malika a disparu des radars de l’écriture, depuis des années. Et Kamel Daoud ? Oh, ça va ! Tu ne vas pas me faire toute la liste. Tu trouveras leurs livres, en vente. La dédicace viendra, en temps utile. Achète donc leurs livres. Surtout, lis leurs livres. Il ne faut surtout pas être exigeant sur le parking. C’est le point noir. Il est préférable de faire de l’auto-stop. Et laisser son  tacot au garage. Ça y est ! La tire est parquée. Oui, face à l’oléastre. Juste en face de la grande enseigne d’Ardis. Allez, pressons le pas. Le livre n’attend pas. Oh, il y a une marée humaine. Des bébés dans leur poussette. C’est bien ! La relève est assurée. Mais, à côté, les restos, plutôt des faisant fonction, enfin des intérimaires de la bouffe, sont pleins à craquer. Ah, si tout ce beau monde avait dans l’idée de s’acheter un livre, au lieu de s’empiffrer de mauvaise bouffe ! J’ai beau écarquiller les yeux, je ne vois pas l’ombre d’un livre. 
Ou ce qui y  ressemble. Bon, allez les amis, le pavillon central est juste en face. C’est bien ! Mais, pour rentrer, ce n’est pas une mince affaire. Une seule entrée pour autant de monde ! Puis, les Algériens (nous, moi) ne savent pas faire la queue. On est tous regroupés face à l’unique porte. Qui passe le premier ? Jouer des coudes ? Mais qui a eu la géniale idée de cet entonnoir ? On y arrive. Il faut passer dans un machin noir. Je ne sais pas ce qu’il peut détecter. Les sacs sont fouillés, des fois que… Trop de sécurité tue la sécurité ! Ouf, on est dedans ! Miracle de la pugnacité algérienne ! Il s’agit maintenant de faire le tour des stands. Ce n’est pas évident. A l’intérieur, l’air est fétide. L’air ne circule pas. Je le redis, chaque année. Ça sent de tout. Désolé, je ne fais pas la fine bouche. Il faut nommer les choses par leur nom. Osons : il faut faire la chaîne aux toilettes pour se soulager. Pas d’envie pressante, walou ! Tu te tapes la queue, comme tout le monde. Tiens, les éditions Hibr ! Lazhari Labter est là pour la énième réédition de « sa » petite cuillère. Bien sûr, il y a du nouveau. Poussons encore plus loin. A leur place habituelle, les éditions Koukou sont au rendez-vous. Arezki Metref signe son dernier-né, Rue de la nuit. Ça sent la transpiration, mais ça sent bon le livre, aussi. Il faut repérer les nouveaux titres. Puis, en faire l’acquisition ! Pas tout de suite ! Il faut attendre, peut-être, le dernier jour. La rumeur dit qu’il y aura des promos. Pourquoi pas ? 
De loin, je reconnais la bobine du Fumeur de Thé. Tiens, qui est donc cet écrivain, aux lunettes rondes, à ses côtés ? Pas possible ! Je reconnais facilement un revenant, Kamel Bencheikh, lui qui a écumé la place d’Alger de sa poésie, dans les années 1970. Je me présente devant lui. Il ne me remet pas. C’est normal. Il y a plus de quarante ans qu’on ne s’est vus. Un bail, non une vie ! J’ai déjà lu son recueil de nouvelles, La reddition de l’hiver, paru aux éditions Frantz Fanon. Je le charrie, un peu. Je le fais marcher. J’ai un avantage, il ne m’a pas reconnu. On a fait l’armée ensemble, lui dis-je. Oui, à Aïn Smara ! Pas possible, dit-il. Puis, je lui ai fait sortir certains détails de notre vie algéroise, du temps où Alger fleurait bon le basilic. Hakim Laâlam se fend la poire, il a compris mon jeu. Son recueil, L’homme-carrefour et autres histoires d’un pays impossible, marche bien. Il est déjà chez moi. Kamel Bencheikh essore sa mémoire. Il ne me remet pas. Je lâche le morceau. Il saute de son siège. Puis, vous imaginez les retrouvailles méditerranéennes de deux Algériens. Décidément, le livre est un sacré sorcier ; l’écrivain, un drôle de loustic. 
Je repartirai, bien sûr. Il me faut revoir tout le monde. C’est le temps idéal, pour ce faire. Amin Zaoui. Mohamed Magani. Mouloud Achour. Alibey Dahmane. Lynda Chouiten. Djamel Laceb. Hassan Remaoun. Youcef Tounsi. Chawki Amari. Denis Martinez. Djilali Khelas. Waciny Laredj. Rabea Djalti. Mustapha Belfodil. Zineb Laouedj. Guy Dugas. Denise Brahimi. Mohamed Aroua. Habib Tengour. Je voudrais finir cette chronique par cette citation de Hamid Larbi : « Les subtils de mélancolie/L’existence blessée/Par l’embryon de la pensée/Apprendre la cadence/Distinguer, observer et pénétrer/Ne pas s’arrêter sur son regard/Mais à inventer encore/Quelque chose de plus excessif/Sentir la douceur de sa main/Qui caresse la face/Le désir évanescent/De nouveau le désert/Rien plus rien à l’horizon/Uniquement le vent », in Furtif instant, édition Apic, 2019.
Y. M.

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